Extrême-Nord du Cameroun - Question de genre. Des réalités culturelles au harcèlement sexuel

mardi 8 novembre 2011

Cet article a été rédigé par Jules Akeze, professeur certifié d’EPS, éducateur aux droits humains, membre de la section camerounaise de l’Association Mondiale pour l’Ecole Instrument de Paix (EIP-Cameroun) et membre d’Equitas.

Parlant de l’Extrême-Nord du Cameroun où je vis et travaille, et du cas précis des populations originaires de cette région, l’avis ou plutôt l’opinion d’une femme ne compte pas ; pis encore, lorsqu’il s’agit d’une fille. Seul compte l’avis/l’opinion de l’homme. Une femme ne fait que ce que son compagnon/mari lui dit de faire. On inculque cela aux enfants, filles comme garçons, dès le bas-âge. Il existe encore dans cette région des filles qui vont en mariage à l’âge de 12, 11 voire 10 ans, alors qu’elles ne sont parfois encore qu’au CM1 ou au CM2 et qui, malgré leur immaturité psychosomatique, subissent tant l’autorité abusive/la dictature des adultes, que des rapports sexuels avec ceux-ci. Le poids de la culture et des traditions sur la société actuelle…

Ainsi, notre action au Club d’Education aux Droits Humains et à la Paix (CEDHP) que j’ai mis sur pied au sein de l’Université de Maroua, lors de causeries éducatives ou de rencontres directes/personnelles que nous avons avec ces traditionalistes, nous amène aux actes suivants :
- leur expliquer ce que sont les Droits Humains (DH) ;
– le bien fondé desdits droits et de leur respect par toutes et tous ;
– leur faire comprendre que les DH s’appliquent à tous les êtres humains, sans discrimination/distinction aucune ;
– la nécessité d’alphabétisation/d’instruction pour les femmes/filles.

L’autre problème qui se pose est celui du harcèlement sexuel dont sont victimes des étudiant-e-s de l’Ecole Normale Supérieure (ENS) de l’Université de Maroua. Les auteurs desdits actes étant spécialement les enseignant-e-s de ladite institution académique. Ces étudiants subissent des menaces par rapport à l’attribution des notes aux différentes unités d’enseignement. Ils/elles se retrouvent obligé-e-s d’aller sexuellement avec des enseignant-e-s, pour ne pas avoir de mauvaises notes et être recalé-e-s. Tout ceci encouragé tant par l’impunité (les bourreaux se sachant à l’abri de sanctions) que par l’absence de dénonciation systématique par les victimes.

Lors de causeries éducatives, nous (le CEDHP) encourageons les étudiantes et étudiants qui y prennent part à sensibiliser leurs camarades sur la nécessité de dénoncer systématiquement ces actes indignes et odieux. Nous leur recommandons vivement de se rapprocher de n’importe quel membre du CEDHP lorsqu’il/elle se retrouve sujet-te- au harcèlement sexuel par le personnel enseignant ou administratif de l’université, afin que nous à notre niveau, nous puissions, soit rencontrer le bourreau, soit porter cela à la hiérarchie de l’institution au cas où il ne veut pas entendre raison.

PS : Petite anecdote.
Lors d’une causerie éducative que j’avais organisée il y quelques mois avec le CEDHP, nous avons eu un témoignage qui a fortement marqué tout le monde. En voici la synthèse : « Ici, à Maroua, il y avait une fillette qui a été « majore » de l’entrée en 6ème d’un lycée de la ville à 11 ans. Jusqu’en classe de 4ème, elle était toujours 1ère de sa classe (promise à un avenir de rêve, vue sa progression). Voilà qu’au milieu du 1er trimestre de son année de 3è, elle a subitement arrêté de venir en classe. Le proviseur du lycée, qui a d’abord cru au décès de l’enfant, décide de chercher à savoir pourquoi celle qui était considérée comme le génie de l’établissement, ne venait plus en cours. Arrivé dans la famille de la gosse, il va apprendre que celle-ci venait d’être donnée en mariage, comme 4ème épouse d’un homme de 60 ans, et ce dernier avait décidé qu’elle devait arrêter d’aller à l’école. Car pour lui, l’école n’est d’aucune utilité pour une femme… ».

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Jules Akeze, professeur certifié d’EPS, éducateur aux droits humains, membre de la section camerounaise de l’Association Mondiale pour l’Ecole Instrument de Paix (EIP-Cameroun) et membre d’Equitas.

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