AidData : Une nouvelle base de données met en avant « les petits bailleurs »

La plus grande base de données répertoriant les flux de l’aide humanitaire, AidData, lancée le 24 mars 2010, met en lumière des fonds accordés par 36 bailleurs bilatéraux et multilatéraux dont l’importance est habituellement sous-évaluée.

Cette base de données, AidData porte le montant de l’aide faisant l’objet d’un suivi de 2,3 trillions de dollars – suivi assuré par l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) – à quatre trillions de dollars. Parmi les bailleurs sous-évalués, qui ne font pas partie du Comité d’aide au développement (CAD), on peut citer la Pologne, le Chili, l’Arabie saoudite, la Lettonie et le Koweït.

« Personne n’a jamais eu une vision aussi large des flux d’aide », a dit à IRIN Michael Tierney, directeur de l’initiative AidData, lors d’une conférence sur la transparence de l’aide humanitaire à Oxford, en Angleterre. « Et la profondeur est là également, nous donnons accès à davantage de détails sur chaque projet ».

Quelque 837 000 projets sont répertoriés dans la base de données, qui porte non seulement sur l’aide au développement officielle mais aussi sur les prêts, ce qui n’est pas le cas de la base de données de l’OCDE. Les informations fournies sont en outre plus approfondies, a dit Rob Hicks, enquêteur pour AidData, car cette nouvelle base donne plus de détails sur chaque projet, et inclut de nouveaux secteurs.

« A travers ces données et ces outils, AidData permettra d’améliorer considérablement la transparence de l’aide en changeant fondamentalement la manière dont l’aide étrangère est comprise, allouée et utilisée », pouvait-on lire dans un communiqué d’AidData daté du 23 mars.

La base de données a été développée par Project-Level Aid, une équipe de chercheurs du College of William and Mary, de la Brigham Young University, et Development Gateway, un portail d’information sur le développement.

Les chercheurs ont eu l’idée de créer cette base lorsqu’ils ont constaté que les informations disponibles sur les flux d’aide n’étaient pas suffisantes pour leur permettre d’évaluer les tendances ou l’efficacité de l’aide.

D’après M. Hicks, l’objectif du projet est de donner aux gouvernements donateurs ou destinataires, aux organisations de la société civile, aux bénéficiaires, aux experts en aide humanitaire et au grand public une vision plus complète de qui finance quoi dans le monde, ce qui est important, a-t-il dit, parce que « les petits bailleurs comptent ». Il a souligné que 61 pour cent des aides destinées à la Mauritanie en 2007 provenaient de petits bailleurs qui étaient auparavant méconnus.

Mais de nombreux bailleurs importants fournissent peu voire pas d’informations – c’est le cas en particulier de la Chine, mais aussi notamment de la Russie, l’Iran, la Libye et le Venezuela, a dit M. Tierney.

« Nous disposons uniquement des données du ministère chinois des Finances, et seulement pour 2005 », a dit M. Tierney à IRIN. « Cependant, nous espérons que le fait de publier ces informations encouragera le gouvernement chinois à fournir des données sur le reste de ses projets humanitaires. Le monde aimerait savoir à quel point la Chine est devenue généreuse, et à qui elle alloue son aide ».

Prochaines étapes

Le site propose des outils pour aider les utilisateurs à analyser les données, leur permettant par exemple de créer des cartes et des graphiques lorsqu’ils en ont besoin. Dans le cadre de la conférence sur la transparence de l’aide humanitaire à l’Université d’Oxford, certaines études ont utilisé ces données, notamment pour évaluer si l’investissement dans l’éducation primaire conduisait à une augmentation des taux d’inscription, ou encore pour comparer l’allocation de l’aide entre les bailleurs membres du CAD et les bailleurs non membres.

« Ce que nous espérons, c’est qu’une fois que les informations seront rendues publiques, d’autres les utiliseront et développeront des applications auxquelles nous n’avions pas encore pensé », a dit M. Tierney à IRIN. « Nous voulons un feedback qui forme une boucle ininterrompue : si la base de données indique qu’un bailleur a financé un pont au Nicaragua et que quelqu’un envoie une photo d’un pont à moitié construit au Nicaragua, nous devons pouvoir relier ces deux éléments. »

L’équipe d’AidData pourrait bien avoir à fouiller dans sa propre base de données pour identifier les bailleurs qui favorisent le financement de l’analyse humanitaire : des fonds supplémentaires seront en effet nécessaires pour maintenir la base de données en service. L’initiative a jusqu’à présent été soutenue par les fondations Gates et Hewlett. « Nous aimerions continuer à travailler avec ces bailleurs et identifier d’autres sources de financement pour [assurer la pérennité] de ce bien public… Nous n’en sommes pas encore là », a dit M. Tierney.

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Pour en savoir plus, vous pouvez consulter le site de AidData

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Source : IRIN

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