Banlieue sans femme, banlieue s’enflamme ?

Un forum sur les rapports hommes-femmes dans les banlieues dans le contexte des violences urbaines. Un débat à part ou à part entière ?

Deux semaines qu’on parle de violences urbaines ... les problèmes et les jeunes dont on nous a parlés jusqu’à présent sont "asexués" aux yeux des medias et des politiques ...ou alors, l’évidence est-elle sous-entendue ?

Les filles et les banlieues ... quelques articles (ex. magazine ELLE !), la radio (ex. le téléphone sonne, sur France Inter il y a quelques jours), les sites des mouvements (ex. Ni Putes ni Soumises). Faut-il en faire plus ?

Quelques jours à peine qu’on commence à prononcer les mots ... "femmes, filles, mères" ... qu’on suggère qu’elles ont ou sont peut-être les solutions ... mais en quoi font-elles partie du problème ? Leurs problèmes à elles, c’est quoi ? c’est qui ? et puis, de quelles femmes, quelles filles parle t-on ? De quelle marge de manoeuvre, pouvoirs, moyens disposent-elles pour définir, proposer, négocier des solutions ? LEURS solutions.

S’attaquer à l’exclusion des banlieues sans s’attaquer à l’exclusion et la violence qu’endurent les femmes, c’est tout à fait possible, ça s’est déjà fait, mais ça n’a aucun sens. Donner tout à coup aux femmes (à travers la responsabilité des parents) la responsabilité de trouver des solutions - puisque personne ne semble en avoir -c’est enfin reconnaître leur potentiel, leur citoyenneté, ou se débarrasser d’un problème ? On responsabilise les femmes comme parent, ou on les rend responsables ? Qu’en est-il des femmes hors-mères ? des hommes hors-pères ?

Et puis, cette responsabilité naturelle qui reviendrait aux femmes n’est-elle pas assénée à grands coups de "mythes" ressortis des placards à l’occasion ... femmes solidaires, pacifiques, mères avant tout, gardiennes des traditions, sauveteuse des valeurs culturelles, résiliantes, amazones. Mythes ou réalités ?

Quelle est la place des un(e)s et des autres, les rôles, les contraintes, les galères, les colères, les vécus, les revendications, les moyens du changement, les craintes, les visions, les idées, les besoins etc ... Nous n’avons aucune réponse ... que des questions. Ce forum vous est ouvert !

Un forum dans le seul but de dire, de se parler ... pour et par les femmes et hommes qui vivent ici, d’où qu’ils/elles viennent, et ceux/celles d’ailleurs, qui se posent des questions, ne comprennent pas forcément ce qui se passe ici, proposent leurs vues d’ailleurs. Se parler et se répondre. Dialoguer.

Liens utiles sur ce thème (liste en cours d’élaboration) :

Les conditions de vie des femmes et des jeunes filles dans les ...

Jeunes filles et garçons des quartiers, Une approche des injonctions de genre, par Horia Kebabza et Daniel Welzer-Lang

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1 Message

  • > Banlieue sans femme, banlieue s’enflamme ? Le 08/12/05 à 11:17 , par Alliance des Femmes pour la démocratie

    Ci-joints les deux appels que nous avons lancés à ce sujet et qui ont été soutenus par plusieurs autres associations et réseaux de femmes

    Alliance des Femmes pour la démocratie
    Présidente : Antoinette fouque
    adfemmes chez iway.fr

    Paris, le 7 novembre 2005,

    APPEL

    Femmes, manifestons-nous !

    Femmes, où sommes-nous, quand la violence s’empare du pays ?
    Dans les banlieues, enfermées, menacées, otages de petits délinquants, de bandits mafieux, d’une idéologie religieuse qui nous voile, et partout, visiblement absentes des lieux de décision, de pouvoir et de débat médiatique.
    Nous sommes révoltées par le vandalisme qui tue, détruit des lieux de vie, d’éducation, de travail, et met en danger les femmes, les enfants et les plus fragiles.

    Ils disent qu’il est urgent de rétablir l’ordre et la paix sociale. Evidemment.
    Mais quel ordre ? Un ordre démocratique, laïque, c’est-à-dire avec et aussi pour les femmes. Sans nous, pas de démocratie.
    Mais quelle paix ? La paix républicaine, l’égalité des chances pour tous, la mixité sociale, ethnique, et la mixité hommes-femmes. Une paix sans nous serait une paix contre nous, une fausse paix.
    Il existe des lois démocratiques de parité, d’égalité. Elles doivent être respectées.

    Il y a dans les cités plus en souffrance que les garçons, ce sont les filles et les femmes, qui pourtant ne brûlent pas de voitures. Elles protègent, nettoient, réparent, restaurent. Elles doivent pouvoir construire aussi leur liberté et leur vie.

    P.S. : Nous apprenons aujourd’hui, mardi 8 novembre 2005, qu’une femme a échappé de justesse à une immolation – Sohane, elle, en est morte en octobre 2002, à Vitry-Sur-Seine.
    Plusieurs autres ont été violemment agressées, ce qui confirme nos craintes (Article ci-joint du Parisien)

    Le Parisien, mardi 8 novembre 2005

    « Des agressions très violentes

    Une jeune femme dans le quartier du Champy a échappé de très près à l’immolation ce week-end lors d’incidents à Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis). Après l’avoir aspergée d’alcool dans le hall de son immeuble, l’un de ses agresseurs a alors jeté sur elle un engin incendiaire pour enflammer le produit. Par réflexe de survie, elle a réussi à se protéger avec la porte pour contrer le projectile et éviter le pire. Ses adversaires ont alors lâché prise.
    Au Pavé-Neuf, un quartier tout proche, deux jeunes femmes ont aussi été attaquées alors qu’elles conduisaient. Elles ont été sorties de force de leur véhicule par les cheveux lors d’attaques d’une violence inouïe menées par de petits groupes très mobiles. Des événements qui ont conduit le député-maire socialiste de Noisy-le-Grand, Michel Pajon, à demander « l’intervention de l’armée » dans les quartiers sensibles, ce qui est pour lui « un immense et inimaginable constat d’échec » .
    Dans la Loire, à Ricamarie, c’est en plein après-midi, dimanche vers 16h30, qu’une femme a été sérieusement brûlée dans un bus. Le véhicule était à l’arrêt quand deux hommes encagoulés ont jeté de l’essence dans un bus. Les passagers ont réussi à sortir, mais une vieille dame, se déplaçant difficilement, est restée coincée dans l’habitacle. C’est finalement le chauffeur qui est parvenu à l’en extraire en la portant, mais elle a été hospitalisée dans un état grave. A Colombes (Hauts-de-Seine), le bébé de 13 mois, qui se trouvait avec sa maman dans un bus qui a essuyé des jets de pierres dimanche, est sorti finalement indemne de ces violences. Des éclats de verre ont très légèrement blessé la mère. »


    APPEL

    C’est arrivé le 13 novembre 2005. Au moment où les voitures brûlaient sous les projecteurs, une jeune femme, Shérazade Belayni, 18 ans, brûlait dans le noir et le silence, incendiée par un garçon de son entourage qui la harcelait de ses avances depuis plus d’un an et qui a pris la fuite. Shérazade est aujourd’hui entre la vie et la mort.

    Les médias ne l’ont-ils pas su ou bien l’ont-ils caché ? Victimes ou complices de l’omerta sur les crimes contre les femmes ? Le corps d’une femme en feu, est-ce moins grave que des voitures en feu ? Il aura fallu dix jours pour que le voile médiatique soit levé sur cette barbarie.
    Mais à ce jour, comme pour Sohane Benziane et les autres qui ont subi le même sort, toujours pas un mot, aucune condamnation du sexisme de la part des responsables politiques de droite comme de gauche. Aurait-on pu imaginer une telle abstention pour des crimes racistes ou homophobes ?

    Le 7 novembre, alors que nous alertions l’opinion sur l’invisibilité, l’enfermement, les souffrances des femmes soumises à la violence dans les quartiers en feu, nous nous heurtions au même silence de la presse qui n’a pas relayé notre appel.

    Le 23 novembre, une enquête officielle révèle qu’une femme meurt tous les quatre jours de violences conjugales. Pourtant la première étude globale qui faisait apparaître l’ampleur de ces violences (ENVEFF, 2001) a été récusée jusque par des intellectuel(le)s, féministes, qui ont voulu y voir une victimisation imaginaire des femmes.

    Pourquoi un tel silence, un tel déni, un tel interdit de dire ? Pourquoi un tel scandale en démocratie ? Qui s’agit-il de protéger ?

    On a relevé la composante sociale et économique de la révolte dans les banlieues, sa protestation contre le racisme. Pour autant, celles-ci ne doivent pas masquer sa dimension machiste qui menace d’anéantissement les territoires et les corps, ceux de la République, des femmes, des plus fragiles.

    NON au machisme et à la haine, aux crimes contre les femmes.
    OUI à la liberté des femmes de vivre, de choisir, de s’exprimer.

    Après la manifestation contre les violences contre les femmes de ce vendredi soir,

    REJOIGNONS LA MARCHE DE SOLIDARITE AVEC SHÉRAZADE BELAYNI

    Dimanche 27 Novembre 2005
    à 11 heures à Neuilly-sur-Marne
    Place des 24 Arpents

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