COVID-19 en RDC : Réflexions d’une activiste congolaise

Annie Matundu Mbambi, Présidente Nationale de WILPF RDC et Membre de Genre en Action analyse la crise de la COVID-19 en RDC et appelle à de nouvelles formes de mobilisation.

Le Coronavirus, COVID-19, vient de prouver largement que, jusque-là, le monde donnait priorité aux secteurs non viables, ce qui ne nous a pas permis de faire face à cette pandémie.

En effet, les pays riches n’ont favorisé que la mondialisation économique et financière tandis que les pays pauvres, dont la mauvaise gouvernance alimente des conflits permanents, ne se préoccupent que de leur militarisation, au lieu de penser aux secteurs vitaux auxquels ils n’allouent que de maigres budgets, notamment les services publics de base, cas de la santé publique, de l’éducation, de l’agriculture, de la justice et des infrastructures dont l’effet d’entraînement est évident.

Suite à l’apparition du COVID-19, des mesures drastiques sont prises partout pour en éviter la propagation. Cependant, en République Démocratique du Congo, les mesures, y relatives, prises par le Chef de l’État, Félix-Antoine TSHISEKEDI TSHILOMBO, le mercredi 18 mars 2020, ont souffert dans leur application, en certains endroits de la ville de Kinshasa.

Ainsi, alors que la dangerosité du COVID-10 inquiète et alarme le monde, la plupart des Congolaises et Congolais sont indifférents et donc insouciants de la situation. De là, des humours du genre « heureuse nouvelle pour les célibataires : le mariage à moindre coût, avec peu d’invités ; fini l’infidélité, confinement oblige ; des photographies montrant des maris entrain de tresser les cheveux de leurs épouses, etc. ». La population pense que le coronavirus est une blague pendant que la vie humaine est réellement en danger.

La pandémie du Coronavirus ressemble au changement climatique, les deux allant au-delà des frontières, des sexes, des races et des religions.
Par conséquent, il faudrait une sensibilisation et une conscientisation, de la population, adéquates et relatives autant à la pandémie qu’aux mesures subséquentes édictées.

Par ailleurs, comment faire respecter ces règles sanitaires bien appropriées quand on pense aux coupures intempestives d’énergie électrique et d’eau, aux femmes, exerçant des activités génératrices des revenus, mais informelles, où elles manipulent des produits, dont la monnaie, touchée par des centaines, sinon des milliers de clients, sans avoir le temps, même la possibilité de se laver les mains, ne disposant ni de gel hydro-alcoolique, ni de gants, ni de masques. Lorsqu’on a à l’esprit les enfants de la rue, appelés « Shegués », les sans-logis, la population qui habite les taudis et les ghettos, les personnes vivant en surpeuplement, les prisonniers, les migrants, les déplacés et les réfugiés dans les camps, quand on sait qu’en Afrique, où l’émotion prime sur la raison, il est difficile de faire respecter la distanciation d’un mètre, de se saluer sans nécessairement se serrer la main, de ne pas entourer le cercueil d’un être cher, situations qui favorisent la propagation du virus, comment ne pas avoir mal à la tête.
Or, si ces mesures salutaires prises ne sont pas respectées, par ignorance et analphabétisme généralisés, faute de bonne compréhension et de sensibilisation conséquente pour éveiller la conscience nationale, le pays court le risque d’une hécatombe.

A notre humble avis, le confinement nous donne la possibilité d’être créative et, donc, de réinventer notre façon de faire la sensibilisation. Ainsi, faisons, entretemps, la sensibilisation de proximité, en respectant les consignes et les règles sanitaires. Quant à WILPF/RDC, chacune de ses membres, partout où elle se trouve, en commençant au sein de sa propre famille, doit sensibiliser dans sa rue. Pour les chrétiens, il est instauré la prière du soir dans les rues, chaque jour et pendant 30 minutes ; chaque personne prie, devant sa porte, pour implorer la miséricorde divine.
Toutefois, nous constatons que l’ensemble des décisions prises, un peu partout dans le monde, sont salutaires, certes, pour lutter contre le coronavirus, mais ces décisions répondent à des choix financiers et économiques qui augmentent les inégalités entre les femmes et les hommes.

Coïncidence ou pur hasard, nous sommes au mois de Mars, mois de la femme, et la thématique de l’année, c’est la Génération Égalité. Avons-nous eu le temps de poser la question de savoir quel sera l’effet différencié sur les femmes les hommes durant la période de confinement ? Aujourd’hui et réellement, pouvons-nous dire que le coronavirus tue plus que les habituelles inégalités ? Nous suivons des articles et témoignages qui démontrent déjà que les femmes sont plus violentées, pendant cette période de confinement, qu’avant. Au-delà des incertitudes sanitaires et économiques qui nous inquiètent tous, nous estimons que chaque personne est invitée à se questionner.

En tant que femmes activistes, nous devons essayer d’élaborer, pendant cette période de confinement, des approches qui puissent réduire progressivement les inégalités entre les sexes en vue d’offrir au monde la justice sociale autant que la paix durable, après la pandémie.

Nous récolterons toutes les propositions de changements que la pandémie aura générées. Nous les analyserons, les prioriserons et entamerons, en conséquence, des plaidoyers auprès de nos Institutions, en l’occurrence le Président de la République, le Parlement, le Gouvernement et la Cour constitutionnelle.

Toutes et tous, nous faisons face à un ennemi commun et invisible, le coronavirus. Nous devons nous mobiliser pour travailler ensemble afin que chacun apporte sa pierre à l’édifice. Si nous considérons que cette pandémie est une guerre qui risque de nous anéantir, nous sommes alors appelé-e-s à contribuer d’une façon ou d’une autre.

Menons des actions de solidarité, dans l’égalité et la justice, au nom de la Paix.

Annie Matundu Mbambi,
Présidente Nationale de WILPF RDC et Membre de Genre en Action

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