Genre en action

Réseau international francophone pour l’égalité des femmes et des hommes dans le développement.

Accueil > Archives > Intranet FSP genre > Documents & Rapports > Documents & notes de synthèse > Cadre de référence du FSP genre

Cadre de référence du FSP genre

samedi 13 février 2010

Cadre de référence du FSP dans le document d’engagement du FSP, ministère des Affaires étrangères.

1. Cadre de référence

1.1 Situation de départ et justification du projet

[Les statistiques sur le marché de l’emploi en Afrique de l’Ouest sont multiples. Produites par différents types
d’organismes , elles correspondent le plus souvent à des définitions du travail informel et du travail formel, du travail en
milieu rural et en milieu urbain qui ne recouvrent pas toujours les mêmes critères. Ainsi, pour assurer une plus grande
cohérence de l’analyse, nous avons choisi de présenter des fourchettes pertinentes qui donnent une vision d’ensemble de
la situation des femmes et des hommes sur les marchés de l’emploi. Lorsque des statistiques précises sont fournies, les
références aux rapports et les définitions sont définies en bas de page
]

- 1.1.1 La réduction des inégalités hommes/femmes est une condition de la lutte contre la
pauvreté

L’égalité hommes/femmes au coeur du développement et de la croissance

Au cours des trente dernières années la communauté internationale a progressivement pris
conscience de l’importance de la réduction des inégalités hommes /femmes dans les processus
de développement.

Les femmes ne bénéficient très souvent pas des mêmes droits fondamentaux, sociaux et
économiques que les hommes, notamment dans les pays en développement. Il en découle des
inégalités dans tous les domaines, en particulier dans l’accès et le contrôle des ressources et des
richesses, ainsi que dans l’accès aux sphères décisionnelles, politique et économique. Ces inégalités
affectent la croissance économique et le développement des pays du Sud et font obstacle aux
efforts de réduction de la pauvreté
.

Les études des économistes soulignent en effet la forte corrélation entre l’égalité hommes/femmes
et la croissance économique. Tendanciellement le taux de pauvreté diminue dans les pays où les
rapports hommes/femmes sont les plus égalitaires
. Le Bureau International du Travail note dans
son rapport 2008 que la région qui a connu la plus forte croissance économique, l’Asie du Sud-Est,
est également celle qui a enregistré le plus fort taux régional d’activité des femmes [BIT, « Tendances mondiales de l’emploi des femmes », mars 2008]. En Afrique
subsaharienne, selon la Banque Mondiale, un accès égal des femmes aux ressources (semences,
terres, engrais) aurait pour effet d’augmenter la production agricole de 20%. [Banque Mondiale et OCDE, rapport « Equality for women, where do we stand ? », 2008]. Ainsi, pour favoriser la
croissance économique, il est essentiel de tirer le meilleur parti du potentiel productif de la
population active aussi bien féminine que masculine. Ceci implique dans un premier temps de se
pencher sur les conditions d’accès aux ressources rencontrées par les femmes et par les hommes et
sur les contraintes particulières que rencontrent les femmes ( accès à l’éducation, au foncier, garde
des enfants,..)

La croissance n’a d’effets sur la réduction de la pauvreté qu’à condition qu’elle favorise une égale
répartition des bénéfices engendrés. La participation accrue des femmes sur le marché du travail ne
représente un fort potentiel de développement économique qu’à condition qu’elle leur permetted’en
tirer profit, à la fois au niveau de l’augmentation des revenus mais aussi en terme de pouvoir de décision et de contrôle des ressources. D’autant plus, qu’une grande partie de leurs revenus est
réinvestie dans l’alimentation, la santé et l’éducation, au bénéfice des enfants et des familles.

Les types d’emplois occupés, les rémunérations, le contrôle des moyens de production et le pouvoir
décisionnel sont au coeur des problématiques de genre. Ils posent des questions sur la répartition des
rôles, des tâches et des moyens et plus largement interrogent l’égalité entre les femmes et les
hommes à tous les niveaux.

Il existe un cercle vertueux : la réduction des inégalités engendre une amélioration de l’accès des
femmes à l’éducation, la formation et la santé, ce qui leur ouvre un meilleur accès aux ressources
économiques comme le capital, la terre et les infrastructures, favorisant une hausse de la
productivité des femmes, avec, à la clé, une stimulation de la croissance. En parallèle, le
renforcement de leur rôle politique accompagne et consolide ces acquis dans la durée.

Le développement d’une stratégie du genre

- La Décennie des Nations-Unies (1975-1985)
- l’adoption de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discriminations à l’égard des
femmes (CEDEF/CEDAW) (1979)
- le Plan d’action de Pékin (1995)
- et les Objectifs du Millénaire pour le Développement et en particulier l’objectif 3 (promouvoir
l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes) ont marqué les principales étapes de définition de stratégies pour atteindre l’objectif de réduction
des inégalités hommes/femmes qui constitue un outil essentiel de la lutte contre la pauvreté.

En 1995, à la conférence de Pékin, la communauté internationale est passée d’une approche
« femmes et développement » centrée sur la satisfaction des besoins pratiques5immédiats des
femmes [Voir lexique en annexe 9.2 du rapport de présentation], à une approche « genre et développement » qui analyse les relations entre hommes et
femmes dans la société dans le but de répondre également aux intérêts stratégiques des
femmes.

Cette approche a pour objectif d’aller plus loin dans la lutte contre les discriminations en agissant
sur les facteurs qui structurent les inégalités entre les hommes et les femmes, empêchant ces
dernières de bénéficier pleinement des fruits de la croissance et du développement.

L’approche genre se fonde sur le concept de renforcement des pouvoirs et
d’autonomisation [Traduction française du concept « d’empowerment », voir lexique 9.2] des femmes, la prise en compte de leurs intérêts stratégiques devant leur ouvrir
des droits identiques à ceux des hommes dans tous les domaines y compris sociaux, économiques
(accès aux ressources et à la gestion des richesses) et politiques.

L’approche genre se traduit de deux façons :

- par des actions spécifiques, qui visent à réduire les inégalités femmes/hommes en agissant
directement sur les causes (révisions des cadres législatifs, sensibilisation à l’égalité, relation
filles/garçons) ou auprès des femmes (renforcement des capacités,..) ;

- par des actions transversales dans la mesure où l’on veille à ce que les contraintes
spécifiques des femmes et des hommes soient bien prises en compte dans l’élaboration de
toutes les politiques et de tous les projets.

L’approche genre, qui a été adoptée par la France, a été mise en pratique par différentes instances
de la communauté internationale qu’il s’agisse des agences des Nations Unies (PNUD, UNIFEM,
UNICEF, UNESCO,…), de la Banque Mondiale (Gender Action Plan, 2007-2011) ou l’Union
Européenne (ce dernier plan est en cours d’élaboration).

L’approche genre appliquée au domaine économique a pour objectif d’interroger les relations
hommes-femmes pour mieux comprendre les causes de l’inégale répartition des ressources et
des bénéfices et agir sur les facteurs d’inégalité dans le but de favoriser une croissance
partagée. La réduction des inégalités dans le secteur économique invite à s’intéresser à :
- l’ accès et contrôle des ressources (éducation, formation, santé, crédits, fonciers,)
- la place des femmes et des hommes dans l’emploi (types d’emplois et rémunérations)
- leur participation aux instances décisionnelles

- 1.1.2 Les inégalités entre hommes et femmes dans l’accès et le contrôle des ressources
rendent les femmes plus vulnérables à la pauvreté

D’après la Banque Mondiale, la crise économique et financière risque de plonger 100 millions de
personnes dont une grande majorité de femmes, dans l’extrême pauvreté.

La vulnérabilité des femmes à la pauvreté tient en particulier au traitement inégalitaire qui
leur est appliqué dans des domaines fondamentaux dont les principaux sont succinctement
rappelés ci-après :

- Elles sont sous-scolarisées
Dans le monde, 55% des 72 millions d’enfants qui ne sont pas scolarisés sont des filles. En
2006, malgré une amélioration générale, les pays d’Afrique subsaharienne sont les plus éloignés de
la parité dans l’accès à l’école primaire. Cet écart se creuse encore plus au niveau du secondaire [Rapport mondial de suivi sur l’ETP, « vaincre l’inégalité, l’importance de la gouvernance ». 2009].
La sous-scolarisation des jeunes filles les réduit à travailler dans les secteurs informels à faible
rendement et les tient à l’écart des activités plus valorisantes et rémunératrices. Le faible accès
des femmes à la formation professionnelle est également un facteur handicapant pour obtenir un
emploi décent.

- Elles n’ont qu’un accès limité aux soins et à la planification familiale
Alors que l’accès des femmes aux systèmes de santé et à la planification familiale est une des
conditions de leur autonomisation, en Afrique subsaharienne, seules 47% des femmes bénéficient
de l’accompagnement d’un soignant lors de l’accouchement [Nations Unies, « Objectifs du Millénaire pour le développement », rapport 2008]. Le taux de mortalité maternelle est de
900 femmes pour 100 000 naissances vivantes en Afrique subsaharienne et de 1100 pour 100 000
en Afrique de l’Ouest.

- Elles ne bénéficient pas d’une véritable égalité des droits
Tous les Etats africains (sauf le Soudan et la Somalie) ont ratifié la Convention des Nations Unies
sur l’élimination de toutes les formes de discriminations à l’égard des femmes. Cependant, 8 d’entre
eux ont émis des réserves à la convention et 35 n’ont pas ratifié le Protocole facultatif qui ouvre
droits aux recours individuels des femmes dont les droits ont été violés. De plus, 28 Etats d’Afrique
subsaharienne n’ont toujours pas ratifié le Protocole de la Charte africaine des droits de l’Homme et
des peuples relatifs aux droits des femmes, entrée en vigueur en novembre 2005.

L’égalité s’inscrit certes désormais dans la plupart des constitutions et de nombreuses lois
inégalitaires ont été révisées (code de la famille, du travail et électoral), cependant la mise en
oeuvre de ces réformes n’est pas toujours effective et les coutumes sont trop souvent invoquées
pour justifier des pratiques discriminatoires.

- Elles n’ont qu’un accès limité aux ressources financières et foncières…

* Accès au crédit :
En Afrique subsaharienne, les femmes reçoivent moins de 10 % de l’ensemble du crédit
destiné aux petits agriculteurs et seulement 1 % du crédit total destiné au secteur agricole, alors
qu’elles constituent la majorité des travailleurs dans ce domaine.
* Accès au foncier :
Dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, les femmes ne peuvent obtenir des droits sur des terres
que par l’entremise de leurs époux, le temps de leur union, mais perdent ces droits en cas de divorce
ou de décès de l’époux, car les règles d’héritage discriminent les femmes. Au Sénégal, par exemple,
les femmes rurales travaillent des lopins des terres cultivables qu’elles empruntent aux hommes qui
en sont les propriétaires et les reprennent dès qu’ils en ont besoin. Cette situation s’explique par un
ensemble de règles et pratiques coutumières de la société traditionnelle africaine accentuées par une
certaine pratique du droit musulman qui impose que la terre constitue un patrimoine familial sous
le contrôle des hommes. Les devoirs conjugaux obligent la femme à rejoindre le domicile conjugal
et ses droits fonciers sont limités de peur que son alliance avec une autre famille ne serve de
prétexte pour transférer une partie du patrimoine familial chez son conjoint. D’un autre côté, le droit
musulman reconnait à la femme le droit de propriété de la terre au même titre que les hommes mais
n’accorde à la fille qu’une faible part de l’héritage
Alors que le droit formel reconnaît l’égalité de propriété foncière, dans la réalité, la gestion foncière
est un compromis entre le droit coutumier, le droit islamique et le droit “moderne” préconisé par
l’Etat. Les instances d’élus locaux chargées des questions foncières sont largement dominées par les
hommes qui appliquent l’un ou l’autre principe de droit au gré des circonstances.

- … et aux sphères décisionnelles

L’accès aux sphères décisionnelles, publiques, politiques et économiques est généralement restreint
pour les femmes car elles sont assignées traditionnellement aux tâches liées à la sphère privée. Des
progrès sont certes enregistrés (18 % de femmes parlementaires en moyenne mondiale) mais ils sont encore très peu répandus, portés, en Afrique par quelques pays emblématiques comme le Rwanda,
qui compte 48,8%de parlementaires [Nations Unies, « Objectifs du Millénaire pour le développement », rapport 2008].

Le déficit de participation des femmes aux instances représentatives et décisionnelles locales et
nationales limite la prise en compte des problématiques spécifiques liées au genre et favorise
la reproduction des inégalités.

Dans le secteur économique, leur faible participation aux instances de gouvernance (chambres
consulaires, groupements professionnels et syndicaux) est également l’un des facteurs de leur
cantonnement à des emplois peu rémunérateurs et précaires.

- 1.1.3 La situation des femmes dans le monde du travail dans les pays en développement est
caractérisée par une plus grande précarité que les hommes et un manque de reconnaissance.

- Les femmes travaillent majoritairement dans le secteur informel où la précarité est la plus
forte, les rémunérations les plus faibles et les perspectives d’évolution réduites.

D’après le rapport du BIT [BIT, « Tendances mondiales de l’emploi des femmes », mars 2008], en 2007, en Afrique subsaharienne :

- 56, 9% des femmes et 79,7% des hommes travaillent.
- parmi celles-ci, 8 femmes sur 10 travaillent dans des conditions vulnérables [l’emploi vulnérable est un concept développé par le BIT pour calculer les personnes qui sont employées selon des
modalités précaires, (rémunérations, contrats formels, avantages sociaux, protection sociale), à l’instar des travailleurs
familiaux
], c’est à
dire soit comme travailleuses familiales non rémunérées, soit comme travailleuses
indépendantes, ce qui implique qu’elles gagnent peu d’argent ou pas du tout, ne bénéficient
pas d’une protection sociale, ni de contrats formels,..
- Parmi elles, 34,7% ne perçoivent aucune rémunération (contre 18,4% des hommes
considérés comme travailleurs vulnérables)
- seules 15,5% des femmes occupent un emploi rémunéré ou salarié, ce qui représente la
moitié de la proportion d’hommes dans la même situation
- l’évolution des conditions de travail s’est améliorée pour les deux sexes, toutefois à un
rythme beaucoup plus rapide pour les hommes que pour les femmes. Entre 1997 et 2007, la
proportion des hommes occupant un emploi vulnérable a chuté de 71,4% à 66,4% et celle
des femmes n’a baissé que de 85% à 81,7%.

En Afrique subsaharienne, les femmes et les hommes n’occupent pas les mêmes types d’emplois :

- En raison de stéréotypes sexués, les femmes occupent des secteurs de savoir-faire
traditionnels (petit commerce, coupe et couture, élevage de volailles, teinture, savonnerie..,
de petite taille, qui ne sont pas toujours reconnus et offrent peu de ressources, un
faible potentiel d’évolution professionnelle et peu de valeur ajoutée.
- En milieu urbain, elles mènent des activités informelles de petit commerce, restauration,
sous-traitance sous forme de travail à domicile, faute de formation, de ressources et de
temps.
- En milieu rural, elles travaillent principalement dans la production et la transformation
agroalimentaire et agropastorale qui assurent une sécurité alimentaire familiale, mais ne
sont pas très rémunératrices. D’après le BIT, dans la région, 7 femmes sur 10 travaillent
dans l’agriculture, essentiellement dans l’agriculture de subsistance dans des conditions
difficiles et avec une sécurité économique faible, l’ accès à une agriculture mécanisée, à plus
forte valeur ajoutée étant le plus souvent réservé aux hommes.

- Les caractéristiques du secteur informel

Le secteur informel est difficile à appréhender car les données disponibles sont insuffisantes,
particulièrement en Afrique subsaharienne au regard du manque général de statistiques et
particulièrement en ce qui concerne les femmes.

En Afrique subsaharienne, la faiblesse des opportunités d’emplois dans l’économie moderne (5%
de l’économie) se traduit par la création d’activités en secteur informel. Les études conduites par
l’OCDE et le BIT montrent qu’il occupe en moyenne 76 % de l’emploi non agricole en Afrique
subsaharienne, si on y ajoute le secteur agricole, jusqu’à 95 % de l’emploi total. Sa
participation au PIB peut atteindre jusqu’à 60 %. Il constitue par ailleurs le lieu de socialisation et
d’acquisition des compétences et associe étroitement la famille.

Si ce secteur a le mérite d’absorber une grande majorité de la population active et de fournir des
revenus, il se caractérise cependant par :

- une rémunération moyenne en général inférieure à celle de l’économie moderne, et parfois
inférieure au seuil de pauvreté ;
- une faible protection offerte aux actifs
- un faible niveau de productivité

Le secteur informel regroupe le travail non rémunéré (au sein d’une structure agricole familiale par
exemple) et le travail rémunéré mais non déclaré : cas des micro-activités économiques urbaines de
transformation alimentaire et de vente qui ne sont pas enregistrées et donc non recensées.

D’une façon générale, les ménages qui vivent essentiellement de revenus provenant des emplois
non structurés connaissent des taux de pauvreté plus élevés que ceux dont le revenu provient
de l’emploi structuré.

- Le secteur informel du point de vue du genre : travail informel/ travail domestique :

Lorsque l’on analyse le développement économique du point de vue du genre, l’on fait la distinction
entre le travail dit « rémunéré » qui rapporte un revenu nécessaire à la sécurité alimentaire (qui peut
être en nature) et le travail dit « non rémunéré » c’est à dire le travail domestique et la charge des
enfants et des membres de la famille, les tâches de soins (« care » en anglais). Les femmes
consacrent beaucoup de temps aux tâches domestiques et de soins, qui s’ajoutent à leur travail aux
champs ou en ville. Ainsi, ces deux temps de travail cumulés, l’on considère que les femmes
effectuent les 2/3 des heures de travail produites dans le monde.

Pour comprendre la dynamique de la pauvreté et de l’inégalité des sexes, il est important
d’analyser l’articulation entre travail rémunéré et travail non rémunéré des femmes. Les
politiques et les programmes en faveur de l’emploi doivent tenir compte de cette situation.

- 1.1.4 Genre et économie en Afrique de l’Ouest

- La situation économique sous-régionale en Afrique de l’Ouest confirme les disparités
hommes/femmes
[Document de stratégie régionale UEMOA/CEDEAO, « intégration régionale, croissance et réduction de la pauvreté
en Afrique de l’Ouest : stratégies et plan d’action, Ouagadougou, décembre 2006]

Alors que la pauvreté a reculé dans la plupart des blocs régionaux, les évolutions en Afrique de
l’Ouest, comme dans toute l’Afrique subsaharienne, sont défavorables et alarmantes. L’Afrique de
l’Ouest compte parmi les régions où la pauvreté a le moins régressé lors des trois dernières
décennies. On estime que 60% de la population de la sous-région vit avec moins d’un dollar par
jour.

Les déterminants de la pauvreté dans la sous-région sont multiples. Le secteur d’activité
économique par exemple est un déterminant important de la pauvreté. Ainsi, il existe une différence
marquée de revenu par tête entre les zones urbaines et les zones rurales. Ce constat est révélateur de
trois problèmes importants qui ont trait à l’intégration régionale : l’accès des populations aux
moyens de production (terres arables, capital,..), le faible niveau de commercialisation des
productions et la qualité de la formation des personnes.

L’ensemble des données et des analyses disponibles confirment que les femmes sont les
premières touchées par la pauvreté pour l’ensemble des raisons évoquées ci-dessus (1.1.2).

Les analyses nationales indiquent en effet une incidence plus élevée de la pauvreté chez les femmes
que chez les hommes. Il ressort d’une l’enquête sur l’emploi urbain et le secteur informel menée
dans les principales agglomérations de 7 Etats ( Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Mali, Niger,
Sénégal, Togo) [UEMOA, « Le secteur informel dans les principales agglomérations de sept Etats membres de l’UEMOA :
Performances, insertion, perspectives, 2001-2002.
] membres de l’espace UEMOA, que 51% des emplois du secteur informel en
milieu urbain sont occupés par des femmes, et qu’il s’agit à plus de 60% d’emplois précaires,
de travail à leur compte ou d’aide familiale. Le revenu moyen du secteur informel dans toutes les
villes est supérieur au salaire minimum, mais cela cache de fortes disparités, la moitié des actifs du
secteur informel gagnant moins du tiers du salaire minimum, parmi eux surtout les apprentis et les
aides familiaux.

Ceci explique en grande partie des disparités de revenu entre hommes et femmes dans la sousrégion.

Ces disparités se retrouvent aussi dans la formation. Le taux d’analphabétisme est presque
toujours plus élevé chez les femmes que chez les hommes. En 2004, dans la zone UEMOA, 62%
des femmes sont analphabètes pour 31% des hommes. Enfin, les disparités sont encore
significatives dans la participation aux sphères décisionnelles.

La question des inégalités hommes-femmes illustre l’importance des aspects socioculturels et
institutionnels, mais également l’importance de l’accès aux moyens de production, terre, capital
financier, capital humain, comme déterminant de la pauvreté. Dans le document stratégique de
lutte contre la pauvreté (DSRP) sous-régional Afrique de l’Ouest, élaboré par la CEDEAO et l’UMEOA, le genre est considéré comme un déterminant essentiel de la lutte contre la
pauvreté. Ainsi, il y indiqué que sans des actions ciblées, plus de la moitié de la population
demeurera marginalisée, faiblement insérée dans les circuits formels de l’économie et condamnée à
exercer des métiers peu rémunérateurs dans le secteur informel. Par conséquent, il est recommandé
que les programmes nationaux et régionaux d’inclusion des femmes dans les secteurs
économiques soient ciblés sur les questions d’accès et de contrôle des actifs productifs. Pour
mettre en oeuvre ces recommandations, l’UEMOA s’est dotée d’un cadre institutionnel, dès 1999 et
d’un plan d’action. La CEDEAO dispose d’une Commission au Développement Humain et Genre et
de deux centres qui dépendent de la direction Genre, le Centre de la CEDEAO pour le
Développement du Genre (CCDG), basé à Dakar, et le Centre de la Jeunesse et des Sports qui se
trouve à Ouagadougou.

- En Afrique de l’Ouest, les femmes sont majoritaires dans certaines filières alimentaires et
agro-alimentaires, ainsi que dans le secteur de l’artisanat
.

* 1-1-4-2-1- filières agropastorales et agroalimentaires : traditionnellement, en Afrique de l’Ouest, les
femmes sont majoritaires dans les activités de récolte, de transformation et de commercialisation de
produits agroalimentaires, dans des filières agricoles (noix de cajou, tomates, karité, sésame,
arachides,….) et dans les activités d’élevage (élevage porcin,…). Ces activités génèrent des
revenus pour les femmes et pour les exploitations familiales en général. En dépit de leur rôle, les
femmes ne tirent pas tous les profits de leur participation aux activités économiques. Très peu
d’entre elles sont chefs d’exploitation et bien souvent, l’on constate que lorsque l’activité
économique acquiert une plus forte valeur ajoutée, les femmes sont dépossédées de ses fruits au
profit des hommes et n’en assurent plus la gestion.

Plusieurs facteurs à cela, variables en fonction des contextes : le manque de connaissance dans
l’utilisation d’outils techniques, le manque de formation à des aspects plus complexes tels que la
gestion économique et financière à plus grande échelle, la maîtrise des circuits économiques, les
capacités de négociation et le manque de temps, les femmes étant prises par les tâches domestiques
et l’éducation des enfants.

Transformation agroalimentaire :

Au Sénégal, par exemple, les femmes sont responsables du processus de transformation des noix de
cajou qui nécessite un savoir-faire particulier (décorticage, dépelliculage). Elles achètent les noix de
cajou brutes et les revendent transformées. Elles ne peuvent contrôler toute la chaîne de production
car les règles coutumières les empêchent de devenir propriétaires des parcelles d’anacardiers qui
appartiennent généralement aux hommes. L’inégal accès à l’alphabétisation et la formation
technique est également un frein à la structuration de filières plus rentables, qui assureraient une
meilleure rémunération des femmes.

Ici, les relations de genre sont au coeur d’une égale répartition des richesses, d’autant qu’il existe un
enjeu économique fort car c’est seulement une fois transformée en amande que la noix de cajou se
vend sur les marchés locaux et internationaux.

Petit élevage :

Au Togo, les femmes travaillent majoritairement dans le secteur du petit-élevage. Le taux
d’analphabétisme est élevé et peu d’entre elles sont chefs d’exploitation. Particulièrement dans les
régions de la Kara et des Savanes, les femmes rurales sont victimes des règles coutumières qui
limitent le droit à la terre ainsi que l’accès au crédit et aux intrants agricoles. Même si les femmes interviennent dans la production et dans la commercialisation des produits agricoles, elles ne
bénéficient pas toujours des revenus de l’exploitation. De plus, leur faible adhésion aux
organisations professionnelles agricoles (1,5% des femmes sont membres d’un groupement), les
exclut des espaces décisionnels stratégiques indispensables à une amélioration de leur situation.

* 1-1-4-2-2- micro-activités alimentaires et commerciales :

En milieu urbain, les activités informelles de commerce représentent entre 40 et 50% des
activités économiques informelles. Elles sont occupées à 60% par des femmes. La taille
moyenne des structures est de 1,5 personnes par établissement. Moins de 22% d’entre elles
disposent d’un local spécifique.

Le secteur de la micro-activité agroalimentaire et commerciale concerne les activités de
transformation agroalimentaire, de micro-commercialisation (de repas par exemple ou de produits
prêts à consommer), de distribution et de restauration. Depuis les années 1990, on observe des
changements profonds dans les pratiques de consommation, par exemple au Burkina, dans les
grandes agglomérations du pays en particulier : les pratiques de restauration en famille s’estompent
au profit de la restauration individuelle, collective, à domicile ou hors domicile. Ces pratiques, qui
se développent notamment près des marchés, des services de transport, des écoles et des bureaux,
sont structurées autour de la petite restauration, la restauration collective fermée, l’alimentation de
rue et l’artisanat alimentaire. Les femmes y sont fortement représentées.

Constituées à partir de savoir-faire domestiques et conduites au départ à toute petite échelle, ces
activités ne sont pas reconnues comme des métiers à part entière et ne sont pas représentées dans les
chambres consulaires. Si au départ, ces activités informelles n’offrent que de faibles ressources, un
faible potentiel d’évolution professionnelle et peu de valeur ajoutée, en changeant progressivement
d’échelle, elles peuvent devenir de véritables entreprises intégrant alors de l’innovation dans les
techniques utilisées (mécanisation), une organisation de travail et des méthodes de
commercialisation (conditionnement)qui en font des outils d’autonomisation [GRET, « les micro-activités agro-alimentaires et commerciales et la lutte contre la pauvreté en Afrique
subsaharienne « , avril 2008
].

* 1-1-4-2-3- filières artisanales

Le forum du réseau africain d’appui à la micro-entreprise qui s’est tenu à Cotonou (Bénin) en 2005
a révélé que le secteur de l’artisanat en Afrique subsaharienne occupe 40% de la population
active féminine. Il fournit 70% des emplois et concerne 90% de la population des entreprises. Il
engendre un taux de croissance de 2,2% à 3,3% par an.

Au Niger, il emploie plus de 700 000 personnes au travers de 360 000 micro et petites entreprises
dont les femmes sont propriétaires à plus de 68%. Les femmes occupent principalement les filières
de maroquinerie, textile, pharmacopée, vannerie-calebasse, poterie, bijouterie et cosmétique.

Si la demande en produits artisanaux existe dans les filières de la maroquinerie, vannerie, poterie,
broderie, les artisanes manquent de compétences techniques, organisationnelles et/ou commerciales
pour y répondre. D’autre part, si l’artisanat est une activité où les femmes ont une place reconnue en
apparence, leurs conditions de vie sont bien plus éprouvantes que celles des hommes. D’après le
SAFEM ( Salon International de l’artisanat pour les femmes), les femmes rencontrent des
problèmes concrets dans leur vie personnelle et professionnelle :

- au niveau de la famille, la femme travaille en moyenne 16h par jour (métiers, éducation des enfants, tâches ménagères) ;
- les hommes disposent de plus de moyens de production que les femmes ;
- les femmes ont accès à la terre mais ne sont pas propriétaires bien que la religion donne droit
aux femmes à la moitié de la part de l’homme en cas d’héritage, ce qui constitue quand même
une discrimination ;
- de nombreuses femmes n’ont pas le droit de se déplacer sans la permission du mari ou de la
famille ;
- lorsqu’une femme est enceinte, il lui est très difficile de trouver du travail (une femme
nigérienne a en moyenne 7,5 enfants) ;
- les femmes ont beaucoup de réticences pour exercer certaines activités pourtant génératrices de
revenus, compte-tenu des pratiques en vigueur et de l’acceptation sociale faible de ces
changements ;
- sur le plan juridique, la femme est soumise à trois sources de droits (coutumier, religieux et
moderne) ce qui rend sa situation très difficile.

Les artisanes nigériennes attendent un soutien technique, organisationnel, commercial, mais aussi
des moyens et méthodes pour renforcer leur place et leur voix dans la société nigérienne, dans leur
foyer et dans leur activité professionnelle pour transformer les relations sociales inégalitaires par la
prise de responsabilités et l’autonomie économique, familiale, sociale des femmes.

* 1-1-4-2-4 Le commerce transfrontalier

Le commerce transfrontalier a une longue tradition en l’Afrique en général et en l’Afrique de
l’Ouest en particulier. Il est s’amplifié grâce à l’amélioration des infrastructures de transport et de
communication et les mutations de l’environnement institutionnel. Les progrès réalisés sur le front
de l’intégration régionale à travers l’institution des zones de libre échange, notamment en Afrique
de l’Ouest (CEDEAO), qui permet une circulation relativement libre des produits dits crûs exempts
de droits de douane, ainsi que la création d’une union douanière (UEMOA) ont contribué à
dynamiser le commerce transfrontalier.

Les femmes sont majoritaires dans le commerce transfrontalier. Elles vendent et achètent surtout
des denrées agricoles, qui sont pour une large part produites par elles, du textile (y compris la
friperie), des objets plastiques et d’autres objets d’utilisation courante.

Les études menées par l’UNIFEM ont permis de confirmer que le commerce informel
transfrontalier des femmes contribue à la réduction de la pauvreté, à l’auto emploi et a la création de
richesses. En effet, par exemple, à la frontière entre le Mali et le Burkina Faso, les femmes qui
travaillent dans le commerce transfrontalier emploient 1,2 personnes dans leurs activités
commerciales à domicile, elles subviennent aux besoins de 3,2 enfants en moyenne et de 3,1
personnes à charge autres que leurs propres enfants ou leur conjoint.

Les femmes commerçantes sont victimes de nombreuses discriminations lors des passages aux
frontières, ainsi que dans l’accès aux crédits. Leurs conditions de travail sont pénibles notamment
concernant les transports et la sécurité de leurs déplacements. Très peu documenté, le commerce
informel transfrontalier est insuffisamment pris en compte dans les politiques régionales ouestafricaines,
alors qu’il représente environ 12% du volume des échanges extérieur de l’Afrique.

- Les réseaux se structurent et agissent en faveur du changement

En Afrique de l’Ouest, dans les pays d’intervention du FSP, de nombreuses organisations de
femmes ainsi que des organisations associant hommes et femmes sont déjà actives sur le terrain de l’égalité hommes-femmes et s’organisent entre elles, en dépit des difficultés structurelles et
conjoncturelles.
Plusieurs exemples en témoignent :

- En milieu rural, dans les filières agroalimentaires, constitution de groupements (coopératives
de beurre de karité au Burkina-Faso, directoires de femmes en élevage au Sénégal,…)
- Au niveau de la sous-région, le réseau DIMITRA initié par la FAO, rassemble des
associations de femmes rurales autour des enjeux de genre et de développement rural.
- Dans le secteur de l’artisanat également, les femmes travaillent en groupements par type de
production artisanale . Pérennisation du salon international de l’artisanat pour la femme du
Niger qui associe les artisanes de six pays de la sous-région. Le réseau ROAFA « Réseau
ouest africain des femmes artisanes » regroupe les sections féminines des fédérations
nationales.
- Les femmes micro-entrepreneures sont parfois regroupées en association pour mutualiser les
moyens et les compétences, parfois autour des « tontines » de micro-crédits ou au sein
d’autres associations.

Les associations professionnelles travaillent souvent en convergence avec d’autres associations
spécialisées dans la défense des droits des femmes et de l’égalité comme le ROFAF (Réseau des
organisations féminines francophones).

Au sein de ces groupes de nombreuses idées émergent et des actions se mettent en place en faveur
de la défense des droits des femmes et d’un meilleur accès aux ressources et aux richesses.

L’existence de ces associations et réseaux, certains déjà bien connus des ONG françaises et de leurs
partenaires ainsi que des postes diplomatiques, leur renforcement, leur mise en relation quand elle
n’existe pas encore, peuvent constituer un terrain favorable dans la mise en oeuvre du FSP
mobilisateur.

- Quelle approche genre dans ce cadre ?

L’approche genre dans le contexte du développement économique analyse les rapports entre les
femmes et les hommes, dits rapports sexo spécifiques, au sein des activités économiques :
répartition des tâches et des responsabilités, conditions d’accès et de contrôle des ressources.

Dans le cadre du « FSP genre et développement économique », elle vise à mener une action
générale de soutien et de renforcement des filières économiques (production, gestion,
commercialisation, qualité, ..) en prenant en compte et en questionnant la situation particulière
des femmes et les obstacles spécifiques qu’elles rencontrent par rapport aux hommes (garde
d’enfants, formation, accès aux soins, accès aux ressources économiques, droits formels et droits
réels ..), dans le but de favoriser l’égalité des femmes et des hommes à tous les niveaux, un partage
équitable des richesses et l’amélioration des conditions de vie des femmes.

Cette approche vise également le renforcement de la confiance en soi et l’autonomisation
(empowerment ), qui permet de prendre la parole en public pour exprimer des idées, se faire
entendre, influencer ou prendre des décisions. Cette dynamique a des effets positifs sur la
participation des femmes aux instances décisionnelles économiques et politiques, ce qui leur permet
d’exprimer leurs besoins et de mieux défendre leurs intérêts.

Introduire la question du genre dans des projets productifs portés essentiellement par des femmes
amène à aborder la vie des femmes et leurs relations avec les hommes de façon large et pas
uniquement d’un point de vue économique pour poser la question des droits, de l’égalité et de la
répartition des pouvoirs au sein d’une société.

L’approche genre est un processus évolutif qui se construit grâce à la participation des femmes et
des hommes et l’expression de leurs besoins et sur leurs relations avec pour objectif de faire évoluer
ces relations vers une plus grande égalité. Elle a une dimension participative et
multidimensionnelle. Elle engendre des impacts au niveau individuel et une dynamique collective
de changement.

L’objectif de réduction des inégalités entre les femmes et les hommes implique une action qui
prenne en compte toutes les dimensions de l’inégalité, ce qui justifie le choix de projets intégrant
des aspects techniques, et de renforcement de capacités, tout en se préoccupant des aspects sociaux
(alphabétisation, accès aux soins) et de droits ( égalité formelle et réelle).


- Télécharger le dossier complet FSP genre (pdf 92 pages, 700 ko)