Féministes sud-africaines : vers l’unité et la solidarité

Afin de créer les bases d’un nouveau mouvement féministe national, les Sud-Africaines tirent les leçons de leur histoire. Fragmenté, divers – mouvements gays et lesbiens, pour les droits, pour les femmes rurales, pour la participation politique… – il connaît en fait peu d’efficacité. Tel est l’en jeu soulevé par l’atelier sur les « Réflexions sur le mouvement des femmes : leçons de l’Afrique du Sud », organisé dans le cadre du contre-forum par Getnet. Les maître-mots à l’ordre du jour sont aujourd’hui « unité » et « indépendance ».

Les mouvements de femmes sud-africains héritent d’une identité de « mères ». Mères de la Nation, mères de famille, mères du peuple. Rita Edwards de Getnet, introduit ainsi sa déconstruction de l’histoire féministe sud-africaine. Pourtant, les Sud-Africaines connaissent bien d’autres identités : chômeuses, spoliées, à tous les niveaux. Les organisations de femmes ont été marginalisées depuis l’époque coloniale, et surtout pendant la période anti-apartheid qui s’est accompagnée de la lutte de libération nationale. Toutes les campagnes étaient orientées contre le racisme et la xénophobie. L’égalité de genre ne représentait pas une priorité. Classique. Pendant la rédaction de la Constitution, la problématique de genre a commencé à être soulevée, des législations ont été adoptées mais ce mouvement ne s’est pas accompagné de transformation.

La société sud-africaine est depuis devenue un monstre « à trois têtes, raciste, patriarcal, capitaliste », continue la militante féministe. Le défi aujourd’hui est donc de créer des liens, des espaces d’intersection entre race, classe, genre et politique. La piste à suivre : « solidarité, unité, organisation des compétences », sans aucune convenance partidaire. Sans aucune illusion non plus sur un « genre » qui serait monolithique. Des intérêts différents se dégagent. Les femmes, entre elles, ne sont pas exemptes d’inégalités. « Universitaires, chercheures, business women, riches, pauvres, marginalisées », ne connaissent absolument pas les mêmes réalités. La question qui se pose alors est « quel intérêt va dominer ? ».

Car l’institutionnalisation du genre rôde. Avec la paupérisation liée aux politiques libérales du gouvernement Mbeki, les organisations qui se disent féministes ont perdu beaucoup de militantes, se sont trouvées coupées de la base. Aujourd’hui, elles veulent redonner la parole aux plus isolées. « Nous pouvons parler par nous-mêmes », confirme Rita Edwards. Et de poursuivre « le personnel est politique », pour mieux boucler le cercle pauvreté-isolement-fatalisme-résignation versus lutte-unité-solidarité. Lutter contre la fragmentation du mouvement est une priorité pour le changement. Le réseautage s’impose. L’égalité passe par là et la marche de ce samedi 15 novembre scandera "Assez !".

Joelle Palmieri, Genre en action, France

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