Genre et développement : Un potentiel occulté en Afrique

Findings fait le point sur les travaux en cours dans les domaines opérationnels, économiques et sectoriels entrepris
par la Banque mondiale et ses états membres dans la Région Afrique.

Dans l’étude intitulée, Can Africa Claim
the 21st Century
 ? (ou, L’Afrique peut-elle
se prévaloir au 21ème siècle ?) (Banque
Mondiale, 2000), nous soutenions que
l’Afrique a d’énorme potentiel
inexploité. Elle a des réserves de croissance enfouies
en ses hommes au sens large, particulièrement
en ses femmes qui, à l’heure actuelle,
pourvoient plus de la moitié de la main d’œuvre
de la région, mais n’ont pas égal
accès à l’éducation et aux facteurs de production.
Nous concluions que l’égalité des
sexes peut être une force déterminante
dans la réduction accélérée de la pauvreté
en Afrique.

Il y a une reconnaissance accrue de la primauté
du genre dans les tâches de
développement en Afrique. Dans cette
région, nous nous étions intéressés aux
liens entre genre, croissance et pauvreté
dans le Rapport de 1998 sur l’Etat de la
Pauvreté, préparé pour le Partenariat
Stratégique avec l’Afrique (PSA)
(Blackden et Bhanu, 1999). Ceci avait
permis de centrer le débat sur la question
du genre en termes de croissance
économique et de productivité, cela est
important en termes d’effectivité du
développement, et pas seulement en termes
d’équité sociale - quoique les considérations
d’équité soient tout aussi importantes.

Les hommes et les femmes dans les
économies africaines

Une caractéristique distinctive des
économies de l’Afrique sub-saharienne est
que les hommes tout comme les femmes
jouent des rôles économiques importants.
L’essentiel des économies africaines est
entre les mains des femmes - l’agriculture
et le secteur informel en particulier. Mais
les femmes en Afrique ont moins accès
aux moyens de production tels que la
terre, des facteurs complémentaires de
production comme le crédit, les engrais et
l’éducation.
Les femmes paysannes
reçoivent seulement 1% de tous les crédits
alloués à l’agriculture. Les femmes par
rapport aux hommes ont moins de chance
de contrôler le fruit de leur labeur, ce qui
réduit la stimulation à rechercher des
opportunités productives et génératrices
de revenu, en dépit du fait avéré qu’un
revenu gagné par les femmes est plutôt
utilisé pour les besoins de la famille en
nourriture, vêtement, santé et éducation.

Les femmes africaines passent beaucoup
plus de temps au travail que les hommes.
En moyenne, leurs jours ouvrables peuvent
être 50% plus longs, et leur travail est
étroitement intégré dans les systèmes de
production du ménage. En effet, la ligne
de démarcation entre l’activité
économique et l’activité du ménage est
moins clairement établie en Afrique que
dans les autres régions. En plus de leur
prédominance dans l’agriculture, les
femmes endurent le stress des tâches
domestiques : transformation des aliments,
recherche de l’eau et du bois de
chauffe, et assistance aux vieillards et aux
malades, cette dernière activité prenant
plus de relief face à la pandémie du
VIH/SIDA. Ce que ces tâches requièrent
en temps et en énergie, en l’absence quasi
totale d’une technologie domestique
même rudimentaire, est effroyable. Des
enquêtes sur les modes de voyage et de
transport en campagne menées dans des
villages du Burkina Faso, de l’Ouganda et
de la Zambie ont trouvé que les femmes
africaines parcourent en moyenne dans
l’année, avec habituellement un fardeau
sur la tête (surtout de l’eau et du bois de
chauffe), 26 000 km contre moins de 7
000 pour les hommes. Ceci, ajouté à la
contribution des femmes dans l’agriculture,
a abouti aux estimations que les
femmes participent pour deux tiers à l’ef-
prise des décisions en matière
économique.

Une approche prometteuse,
liée à la gestion économique et à l’établissement
des priorités, est le développement
de " budget à initiatives axées sur le
genre ". L’Afrique du Sud est allée loin en
tant que pionnière de cette approche. Les
budgets axés sur le genre examinent les
implications de l’efficience et de l’équité
des allocations budgétaires, et les politiques
et programmes qui les sous-tendent.
Ceci encouragerait les dépenses publiques
prioritaires à focaliser sur l’investissement
dans les infrastructures rurales et dans des
technologies à effet d’économie de maind’œuvre,
comme indiqué ci-dessous.

Investissement dans une croissance inclusive
du genre.

Les stratégies du
développement agricole, à savoir les politiques,
la recherche, les services d’extension
et développement de technologie
doivent soutenir les stratégies de subsistance
des ménages de petits exploitants.
La priorité clé de politique est de briser ce
dénuement de tous moyens des femmes
paysannes.
Les institutions agricoles
doivent traiter ces femmes comme des
clients prioritaires, et développer des systèmes
de contact qui les atteignent. Un
mélange judicieux de moyens comprenant
la terre, la main-d’œuvre, la technologie et
des moyens financiers, est crucial pour
s’assurer que les femmes puissent pleinement
contribuer à la croissance et au
développement de l’Afrique.
Les politiques
doivent focaliser sur le secteur de la
production vivrière où il y a un besoin
urgent de paquets intégrés destinés aux
femmes. Ceci donnerait une dimension
différente de quelles technologies agricoles
sont développées, quelles priorités
sont établies pour les récoltes/tâches,
quels messages des services d’extension
sont créés et transmis, et par qui, quelles
priorités de la recherche sont poursuivies,
et, par-dessus tout, comment tous ces éléments
seront agencés de manière à toucher
véritablement les femmes paysannes
d’Afrique.

Investissement dans l’économie des
ménages et dans le relèvement de la productivité
de la main-d’œuvre.

Les efforts
pourraient consister à accorder une plus
Croissance inclusive du genre
L’Afrique perd plus de l’équivalent de la
moitié du potentiel productif de sa force
de travail. Des mesures pour accroître l’égalité
des sexes en Afrique, en plus de
leurs implications sociales et distributionnelles,
revêtent un potentiel d’accélération
considérable de la croissance et de la
réduction de la pauvreté.
Beaucoup reste à
faire pour assurer l’égal accès aux biens
productifs et aux services pour tous les
sexes. En outre, les modes de formation
du capital tendent à défavoriser des
investissements tels que puits et foyers
améliorés, qui sont à même de débloquer
plus de temps féminin pour des activités
hautement productives et pour l’éducation.

Les pouvoirs publics ont un rôle clé à
jouer dans la promotion d’une croissance
économique inclusive du genre et d’une
réduction de la pauvreté.

Les mesures clés
à prendre en terme de politiques pour promouvoir
une croissance économique
inclusive du genre en Afrique peuvent être
les suivantes :

- Promouvoir une participation accrue des
pauvres, hommes comme femmes, dans la
fort global en matière de transport dans les
campagnes.

L’inégalité des sexes limite la croissance
Les études de cas à travers l’Afrique - et
l’analyse macroéconomique émergente -
montrent unanimement que l’inégalité des
sexes agit comme une contrainte contre la
croissance et la réduction de la pauvreté.
Elles signalent les types de désavantage
auxquels les femmes font face par rapport
aux hommes dans l’accès aux biens et
ressources requis pour participer pleinement
à la concrétisation du potentiel de
croissance de l’Afrique sub-saharienne.

L’inégalité d’accès aux biens basée sur le
sexe limite les options des femmes
paysannes ;

Les différenciations dans la
rémunération du travail conduisent au
conflit et à une allocation déficiente de la
main-d’œuvre au niveau du ménage ; et les
différenciations dans la productivité de la
main-d’œuvre (et autres facteurs) limitent
l’efficience économique et le rendement.
Ces différenciations basées sur le sexe
affectent la réaction en matière d’approvisionnement,
l’allocation des ressources au
sein du ménage, et la productivité de la
main-d’œuvre. Elles ont des implications
sur la flexibilité, la réceptivité et le
dynamisme des économies africaines, et
limitent directement la croissance (voir
encadré). Ces différenciations sont trop
importantes pour être ignorées, et leurs
impacts trop dommageables, surtout au
regard de l’état d’insécurité alimentaire et
de vulnérabilité chronique de l’Afrique.
Gender and Growth : Missed
Potential (ou, Genre et développement
 : Un potentiel occulté)
Burkina Faso : Changer les ressources
existantes entre les lopins de terre des
hommes et ceux des femmes au sein
du même ménage pourrait accroître le
rendement de 10 à 20%.
Kenya : Donner aux femmes
paysannes le même niveau d’intrants
agricoles et d’éducation que les
hommes pourrait accroître leurs
récoltes à plus de 20%.
Tanzanie : Réduire la charge du temps
de travail chez les femmes pourrait
accroître les revenus financiers des
ménages de petits exploitants de café
et de bananes de 10%, la productivité
de la main-d’ oeuvre de 15% et la production
du capital de 44%.
Zambie : Si les femmes bénéficient, au
même titre que leurs pairs mâles, du
même niveau d’investissement de capitaux
dans les intrants agricoles, y compris
la terre, le rendement pourrait
accroître jusqu’à 15%.
Macroéconomie : On estime que l’inégalité
des sexes en éducation et dans le
domaine de l’emploi a réduit de 0,8%
par an la croissance par tête d’habitant
de l’Afrique sub-saharienne de 1960 à
1962.
Source : Diverses études citées dans
Blackden et Bhanu, 1999.
revenus. Ceux-ci incluent les cliniques de
santé pour lesquelles peuvent être réduits,
le temps du voyage et le déplacement des
zones péri-urbaines pour aller travailler
dans le secteur informel urbain dans des
services et dans la construction.
Parallèlement, il est impérieux d’investir
dans l’éducation des filles, pour assurer
une politique et une législation foncières
inclusives du genre, et pour renforcer les
aptitudes et capacités des femmes dans le
but de leur participation plus accrue dans
la prise de décision au niveau du ménage,
de la communauté et de la nation, où les
priorités en matière d’investissements et
les allocations des ressources sont
définies. A l’heure actuelle, seulement une
fille sur quatre en milieu rural va à l’école,
complètement laissée à elle-même.
Rendre visible dans les données et analyses
la problématique du genre. Les statistiques
et les indicateurs sur la situation des
femmes et des hommes dans toutes les
sphères de la société constituent un outil
important dans la promotion d’une croissance
inclusive du genre. Les statistiques
sur le genre ont un rôle essentiel dans
l’élimination des stéréotypes, dans la formulation
des politiques, et dans le contrôle
et ajustement du progrès. Les tâches
clés sont la désagrégation systématique
des données par sexe, y compris les données
de la production économique, l’intégration
de modules intra-ménages et du
genre dans les enquêtes statistiques et
l’analyse de la pauvreté, un usage étendu
du budget à initiatives axées sur le genre,
une utilisation à fond des enquêtes de
budget, et l’inclusion de l’économie du
ménage et du travail domestique dans les
estimations nationales.
grande priorité aux stratégies nationales
de réduction de la pauvreté axées sur des
investissements qui réduisent l’acuité de la
charge du temps de travail alloué aux
tâches domestiques qui pèse sur les
femmes africaines. Ceci pourrait être fait à
travers l’approvisionnement en eau
potable accessible à tous et en bois de
chauffe, et la priorité accordée à une technologie
à effet d’économie de main-d’œuvre,
pour réduire la charge du temps de
travail alloué aux tâches domestiques. Des
économies de temps dans ces activités
profiteront le plus aux femmes. Des interventions
au niveau du transport doivent
refléter les différents besoins des hommes
et des femmes, afin d’améliorer l’accès de
celles-ci aux facilités de transport (y compris
des moyens intermédiaires de transport),
correspondant à leurs responsabilités
de transporteuses de charges. Des
améliorations au niveau des infrastructures
rurales peuvent relever les revenus
du pauvre, les femmes en particulier, à travers
plusieurs mécanismes : a) La réduction
du temps de la corvée d’eau et du bois
de chauffe. Le temps libéré peut être utilisé
pour les loisirs ou à des fins productives
telles que l’éducation ou des activités
agricoles. Il est évident qu’une bonne portion
du temps gagné est utilisée à des
activités productives. b) L’accroissement
de la production vivrière. Le rendement
agricole peut en bénéficier, surtout là où
des récoltes abondantes et de faible valeur
sont concernées. Par exemple, des
camions peuvent être loués pour enlever
des récoltes abondantes, des engrais peuvent
être transportés aux villages et stockés
dans des entrepôts, et des ouvriers agricoles
peuvent aller aux champs plus
promptement. c) L’amélioration des
opportunités du marché. Les communautés
rurales isolées ont beaucoup de difficultés
pour commercialiser leurs
récoltes. Des produits agricoles peuvent
être transportés en grande quantité par
camions, mais aussi en plus petites quantités
par charrette ou à bicyclette s’il y a de
bonnes routes ou pistes. d) L’expansion de
l’accès aux services sociaux et aux activités
non agricoles génératrices de

P.-S.

Par Alan Gelb, Economiste Principal, Région Afrique, Banque Mondiale. Pour des références bibliographiques plus complètes, bien
vouloir consulter la version originale de l’article dans Development Outreach, Vol. 3, N° 2, printemps 2001, Institut de la Banque
Mondiale, ou le site Internet www.worldbank.org/devoutreach

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