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Intégration transversale du genre - AGLAE

vendredi 5 février 2010, par Yveline Nicolas

L’intégration transversale du genre dans les activités de promotion économique et génératrices de revenus pour les femmes constitue la particularité principale de l’approche promue par le FSP en même temps qu’un gage d’efficacité et de pérennité de ces activités. Si nos partenaires locaux sont particulièrement pointus sur le secteur de l’artisanat et de la micro-entreprise, ils ont pour la plupart une expertise encore insuffisante sur la mise en œuvre opérationnelle d’une approche genre et sont conscients que leur action sera plus efficace si elle est resituée dans un contexte plus global, propre à chaque pays, mais qui intègre toujours les réalités du partage des responsabilités, des droits et des discriminations, de l’accès et du contrôle des ressources productives par les femmes.

La stratégie transversale de l’intégration du genre dans le programme AGLAÉ

- Adéquations
- Aster
- Equilibres & Populations

Le programme AGLAÉ a donc choisi de placer la prise en compte des rapports sociaux entre hommes et femmes et des inégalités économiques, sociales et culturelles au centre de sa stratégie d’intervention. Ce mainstreaming du genre favorisera le saut qualitatif pour passer de projets d’appui à des activités économiques et génératrices de revenus à des projets ayant un réel impact sur l’empowerment individuel et collectif des femmes et sur l’évolution des mentalités et des stéréotypes attribués aux femmes comme aux hommes. Il aura aussi pour impact de travailler sur des blocages économiques et sociétaux identifiés avec les partenaires, tels que la capacité juridique et la marge de manoeuvre offerte aux femmes pour obtenir un crédit, déposer des fonds dans une banque officielle, créer et gérer une entreprise, en garder la propriété en cas de succession ou de modification de statut familial (veuvage, divorce…).

Par ailleurs et de manière plus globale, l’opportunité offerte par ce FSP de travailler sur une approche intégrant genre et développement économique sera exploitée par le programme AGLAÉ pour communiquer auprès de l’ensemble de la communauté des acteurs au développement, au Sud et au Nord, sur la pertinence d’une telle stratégie. Ce travail de valorisation/capitalisation permettra au FSP d’avoir un effet levier sur leurs pratiques de développement en partageant avec eux les réalisations pilotes et les outils pratiques développés au cours de ces trois ans.

Les trois ONG responsables de ce volet, Adéquations, ASTER-International et Equilibres & Populations, ont des compétences et des expériences complémentaires dans les domaines de la formation-accompagnement au genre, l’appui à la définition d’objectifs stratégiques de plaidoyer, la méthodologie et la capitalisation, la communication et l’éducation au développement. Elles ont l’habitude de travailler ensemble depuis plusieurs années sur des projets similaires (Burkina, Sénégal, Maroc, France…).

Méthodologie et activités

La stratégie de mise en oeuvre du genre dans le projet, transversale à l’ensemble du programme AGLAÉ repose sur une démarche globale commune ainsi que des échanges d’expertises entre les différents volets des projets. Un atelier initial sous-régional vise à la formation des acteurs et à l’identification de méthodes et d’actions adaptées à chaque contexte. Un suivi-accompagnement est assuré de façon continue par un pôle genre formé des ONG expertes en genre au Nord et d’intervenant-es genre identifié-es au Sud, qui viennent en appui de responsables de projet locaux chargés de veiller à la mise en oeuvre du genre. Dans le cadre de ce processus, chaque projet, d’une part intégrera des outils du genre dans son fonctionnement et dans la mise en oeuvre de son action, et d’autre part définira des actions locales spécifiques pour un plaidoyer en faveur de l’égalité femmes-hommes. Les acquis de toutes ces initiatives et les pratiques pilotes seront mutualisées en permanence et répercutés au niveau plus global sur la zone d’intervention et en France en terme de communication et de valorisation.

Il est à noter qu’avant le démarrage du programme, les ONG françaises du consortium suivront une ou plusieurs journées de formation à l’intégration de l’approche genre dans le cadre du programme actuellement coordonné par le F3E.

Notre méthodologie s’appuiera sur quelques grands principes d’intervention :

Valoriser l’expertise du Sud
Nous procéderons à une analyse détaillée des pratiques des acteurs de terrain afin d’identifier les points d’entrée déjà existants en matière de genre. Pour la plupart d’entre eux, ils ont déjà été confrontés à des problématiques liés aux rapports hommes-femmes et y ont apporté des débuts de solution. Il s’agira alors de valoriser et de renforcer ces capacités. Dans tous les cas, les méthodes d’intervention seront coconstruites avec les acteurs locaux, ce qui constitue la meilleure façon d’en assurer une réelle appropriation dans la durée. Par ailleurs, des référent-es genre dans chaque pays seront identifié-es afin d’accompagner et d’adapter l’intégration du genre dans la conduite des projets.

Favoriser la mise en synergie
Chaque intervenant de ce programme dispose d’un réseau de partenaires locaux et de contacts institutionnels dans le domaine de l’artisanat ou du genre. Afin que le programme puisse avoir un impact plus global et pérenne en termes d’autonomisation des femmes et de modification des pratiques de développement, nous nous attacherons à inscrire notre action dans le cadre des politiques, programmes et évènements régionaux, notamment en communiquant largement sur les acquis et résultats concrets du programme.

Adapter plutôt que de créer de nouveaux outils
Dans un souci d’efficacité, nous exploiterons en priorité les ressources déjà existantes en les adaptant aux contextes spécifiques d’intervention. Trop souvent, en effet, les acteurs du développement créent de nouveaux outils alors qu’il en existe déjà qui ont prouvé leur efficacité et qui, une fois adaptés, peuvent répondre aux besoins. Ainsi, l’analyse des rôles sociaux, des temps de vie et de travail des hommes et des femmes, de l’accès et du contrôle des ressources, des intérêts stratégiques des femmes et des hommes – et les répercussions de nos actions sur ces aspects essentiels - seront adaptés aux champs d’intervention de chaque projet.

Les principales activités que nous mettrons en œuvre sont les suivantes :

1. Atelier initial de formation et d’élaboration stratégique

L’intégration transversale du genre dans le programme AGLAÉ s’articulera autour d’une activité initiale qui sera la tenue d’un atelier de quatre jours commun aux quatre pays concernés, réunissant les partenaires du Sud et du Nord, ainsi que les organisations référentes sur le genre au Nord (Adéquations, ASTER, Equilibres & Populations) et au Sud (une organisation ou un-e experte locale par pays). Organisé au début du projet, à Ouagadougou, l’atelier permettra :
- d’élaborer une vision commune et de préciser la stratégie opérationnelle sur les enjeux de l’approche genre appliquée au secteur de l’artisanat et de la micro-entreprise,
- de partager et de réajuster s’il y a lieu les modalités de mise en œuvre du programme (calendrier, budget, responsabilités respectives de chacun des acteurs),
- de permettre aux partenaires locaux de s’approprier des outils pour intégrer le genre dans la conduite de leurs projets
- de leur fournir les techniques de base pour conduire un plaidoyer adapté à chacun de leur contexte national.

Cet atelier initial est fondamental pour garantir une cohérence d’ensemble au programme en permettant à l’ensemble des acteurs de partager les objectifs du programme mais aussi les outils de mise en œuvre.

2. Déclinaison opérationnelle des outils et de la méthodologie genre

dans le projet et plaidoyer en direction des décideurs locaux pour améliorer durablement la prise en compte des besoins spécifiques et des intérêts stratégiques des femmes dans le tissu économique et politique

À partir de l’atelier initial, les partenaires auront ensuite la responsabilité de décliner chacun à leur niveau l’intégration du genre dans leurs pratiques et de conduire un plaidoyer commun par pays. Les outils acquis devront être adaptés à chacun des projets et permettre d’identifier et de répondre à des objectifs spécifiques de rééquilibrage des rapports hommes-femmes dans le cadre des projets mis en œuvre. La conduite d’un plaidoyer à l’échelle de chacun des pays participera plus largement à l’émergence d’un environnement socio-politique favorable à l’autonomisation des femmes.

Les acteurs de terrain seront appuyés de manière continue par un pôle genre constitué des responsables des ONG du consortium expertes en genre, en binôme avec des structures et expert-es locales d’appui au genre dans chaque pays.

Une liste de discussion internet des responsables Sud et Nord sur l’accompagnement genre et un point-conseil tournant par internet (des formatrices-teurs répondent aux interrogations et aux suggestions d’initiatives) seront mis en place. Le site adequations.org créera une rubrique interne pour que tous les responsables de projets aient accès à tous les outils et à des ressources téléchargeables et puissent alimenter la réflexion et la pratique par leurs retours d’expériences.

Le pôle genre se réunira en deux ateliers sous-régionaux durant la deuxième année et la troisième année du projet. Ces deux ateliers, d’une durée de 4 jours auront pour objectif :
- le suivi des actions mises en œuvre, leur évaluation en cours de route, l’identification d’éventuels réajustements à opérer.
- les échanges d’expériences et de pratiques des différents projets,
- un travail plus approfondi sur les projets de deux pays du programme, en fonction du lieu géographique de la réunion.

L’ensemble de ce dispositif d’accompagnement au genre et de transferts d’expérience sera ancré dans les projets concrets et s’appuiera sur leur mise en œuvre opérationnelle.

3. Valorisation et communication en France et en Afrique

Les réalisations de ce processus d’intégration du genre et de plaidoyer pour la gouvernance économique et politique des femmes seront tout au long du programme AGLAÉ mutualisées et valorisées pour communiquer plus largement sur le genre avec d’autres acteurs institutionnels et non étatiques sur le terrain et en France. Coordonnée par Adéquations pour assurer la synergie des différentes initiatives menées par les ONG, cette action visera à :

- Faire connaître les actions et réalisations aux acteurs du développement, décideurs et grand public, en s’appuyant de façon continue sur l’action d’éducation au développement et de plaidoyer habituelle des ONG et de leurs partenaires sur le terrain et en mettant à profit le calendrier du développement (ex. : journée internationale du 8 mars, semaine de la solidarité internationale…), le calendrier politique et économique (élections locales ou nationales en Afrique) et les conférences, salons et événements thématiques (ainsi, en Afrique, le Salon International de l’Artisanat pour la Femme et le Salon international de l’artisanat à Ouagadougou, en France les nombreux salons et lieux liés au développement durable et au commerce équitable).

- Partager l’expérience acquise pour influencer durablement les pratiques des acteurs du développement. Deux outils seront produits en lien étroit avec les partenaires de terrain et largement diffusés en France et en Afrique :
- Une publication commune aux ONG du programme AGLAÉ et à leurs partenaires valorisera l’ensemble de cette expérience qui constitue une première en France sur le thème du genre et de l’économie. Elaborée de façon participative, elle comportera plusieurs modules pour capitaliser et restituer sous une forme pratique et attrayante : la méthode de travail en commun des 7 ONG et de leurs 12 partenaires ; les points de vue et témoignages de femmes, d’hommes et de structures locales de base et d’appui ; les bonnes pratiques et réalisations pilotes transférables ; des ressources et des éléments méthodologiques concrets permettant à d’autres ONG intervenant dans des contextes similaires de mettre en œuvre une approche de genre et de s’inspirer des réalisations les plus réussies.
- Un support audio-visuel regroupera des témoignages de femmes actrices du développement pour mettre en valeur les changements concrets auxquels le programme est parvenu en termes d’autonomisation de femmes et de changements des rapports sociaux de sexe. Ce film pourra être diffusé sous forme de spot sur les chaînes locales comme sur les sites Web de l’ensemble des partenaires. Il sera mis à disposition des SCAC et du ministère et pourra être utilisé par l’ensemble des partenaires pour présenter les résultats du projet lors des salons, colloques, ou encore pour les appuyer dans leurs contacts avec les bailleurs.

Les réseaux de diffusion et les supports d’information des ONG du consortium et de leurs partenaires en Afrique seront mis à profit pour une synergie permettant de toucher un public large et diversifié. Des articles sur le programme AGLAE seront régulièrement publiés sur les lettres d’information, journaux et sites internet, ce qui représente un potentiel d’au moins 50 000 cibles pouvant être touchées. Tout ce matériau pourra être synthétisé pour enrichir le site du réseau Genre en Action et démultiplier la diffusion.

Equilibres & Populations prendra en charge l’organisation d’un conseil scientifique pour présenter les résultats du programme réunissant une trentaine de décideurs de l’Aide Publique au Développement, des journalistes et des chercheurs, et Adéquations celle d’une réunion de travail destinées aux ONG et collectivités territoriales pour présenter les outils et les méthodes duplicables.