L’impact de Nairobi

Compte rendu du livre Promises and Realities : Taking Stock of the 3rd International Women’s Conference. Par Kathambi Kinoti

La troisième Conférence internationale sur les femmes des Nations Unies a été tenue à Nairobi, Kenya en 1985, à la fin de la décennie des Nations Unies pour les femmes. 21 ans plus tard, un projet baptisé Nairobi + 21 dresse un bilan des progrès réalisés vers la réalisation des deux objectifs concertés lors de la conférence de Nairobi.

Compte rendu du livre Promises and Realities : Taking Stock of the 3rd International Women’s Conference. Par Kathambi Kinoti

Ces objectifs avaient été cristallisés dans le tout premier plan d’action mondial visant à la promotion des droits des femmes, les stratégies prospectives d’action de Nairobi. Un livre intitulé Promises and Realities,* qui se penche sur différents aspects des vies des femmes vis-à-vis des stratégies prospectives d’action de Nairobi, vient d’être lancé cette semaine. La publication de ce livre est une des activités menées dans le cadre du projet Nairobi + 21 qui a reçu le soutien de la fondation Ford. Presque quatre ans se sont écoulés depuis le 21e anniversaire des stratégies prospectives d’actions de Nairobi ; cependant, l’analyse et les recommandations présentées dans le livre Promises and Realities restent particulièrement pertinentes.

Promises and Realities est une compilation de documents présentés par plusieurs femmes appartenant aux milieux universitaires ou aux mouvements de femmes et d’autres mouvements de protection des droits humains en Afrique orientale. Etant donné que Nairobi a été la première conférence des Nations unies sur les femmes organisée en Afrique, et en Afrique orientale, les auteurs ont jugé utile d’incorporer dans ce livre les opinions de femmes d’Afrique orientale quant au bilan qu’elles dressent de l’impact de Nairobi.

Les auteurs évaluent l’impact des stratégies prospectives d’action de Nairobi à partir de différentes perspectives telles que l’image des femmes dans les médias, la situation des jeunes femmes, les femmes et l’éducation et le rapport entre les femmes et l’environnement. D’une manière générale, cet ouvrage rend compte des progrès accomplis dans de nombreux domaines, par exemple dans l’accès plus large des jeunes filles à l’éducation, la présence accrue de femmes à des postes de prise de décision et un certain recul des images négatives des femmes dans les arts et les médias.

Selon Wanjiku Mbugua, les gouvernements « ont fait un chemin considérable dans la reconnaissance des droits des femmes comme droits humains » bien que les droits humains universellement reconnus continuent de se heurter à des valeurs présentées comme traditionnelles. Les partisans de ces valeurs traditionnelles les brandissent souvent comme prétexte pour restreindre les droits des femmes. Mbugua fait le point des progrès accomplis depuis Nairobi et Beijing et évoque certains défis à relever en matière de droits humains et de justice, tels que le surdimensionnement des agendas des ONG et des bailleurs de fonds.

Maria Nasssali démontre qu’après Nairobi, des améliorations se sont produites en termes d’accès des femmes aux espaces de prise de décision mais que, les stratégies prospectives d’action ayant été mises en œuvre dans le cadre de l’intégration des femmes au développement (IFD), rien n’a été fait à l’égard des privilèges systémiques des hommes ou des rapports de force sur lesquels repose le patriarcat. Elle fait remarquer que Nairobi a donné lieu à la création d’un grand nombre d’organisations des droits des femmes.
Selon Sara Ruto, les progrès les plus notables, en Tanzanie, Ouganda et au Kenya, sont observés dans l’accès accru des jeunes filles et des femmes à l’éducation. D’une manière générale, la scolarité des jeunes filles s’est améliorée et de plus en plus de jeunes femmes accèdent à l’enseignement supérieur. Toutefois, le taux d’analphabétisme reste très élevé parmi les femmes plus âgées et les nombreuses jeunes filles vivant dans des communautés rurales pauvres et éloignées.

Patricia Kameri-Mbote fait ressortir le divorce existant entre les mouvements des droits des femmes et les mouvements de protection de l’environnement qu’elle engage à travailler de façon plus synergique. Elle fait remarquer que le rôle des femmes dans la gestion de l’environnement est de plus en plus évident et que leur participation au développement durable est encouragée ; il est donc nécessaire de mettre au point des plans d’action concrets sur la base des Stratégies prospectives d’action de Nairobi et du Programme d’action de Beijing.

Pour ce qui est de l’Ouganda, Sarah Mukasa fait le point des progrès accomplis pour garantir les droits des femmes et leur santé en matière de sexualité et de procréation, problème qui est abordé dans le contexte du contrôle démographique. Elle signale que les activistes féministes ainsi que les universitaires se sont efforcées de mettre le thème des droits et de la santé en matière sexuelle et de procréation à l’avant-plan des politiques publiques et des discours relatifs aux droits. D’importants progrès ont été accomplis dans la lutte contre le VIH et le sida, ainsi que pour faciliter l’accès des femmes à la contraception. Toutefois, de nombreux problèmes doivent encore être résolus pour matérialiser pleinement les droits de jeunes filles et des femmes en matière de santé sexuelle et reproductive, notamment en tant qu’interface entre la culture et les droits, ainsi que sur le plan de la faiblesse institutionnelle de nombreuses organisations de droits des femmes.

Le thème de la présence des femmes dans le domaine des arts a été abordé par Grace M. Musila et Binyavanga Wainaina. On observe une augmentation du nombre de femmes écrivains au Kenya qui se font l’écho des perspectives féministes et critiquent le patriarcat. Quelques films ont également été tournés au Kenya pour présenter différentes expériences de femmes kényanes de leur propre perspective ainsi qu’une image plus positive des femmes dans le domaine artistique. Beaucoup reste néanmoins à faire et les coûts prohibitifs de la production de certaines modalités artistiques, comme la filmographie, constituent un obstacle pour les femmes.

Colleen Lowe-Morna a écrit un article sur le genre et les médias en Afrique orientale et australe. Elle y analyse la représentation des femmes dans les médias de la région ainsi que les différentes modalités d’activisme. Lowe-Morna examine différents aspects de l’interaction entre les médias et les femmes, par exemple le nombre relatif de présentatrices ou la façon dont sont abordés les cas de viol. Elle décrit certaines organisations et programmes qui font œuvre de pionniers dans ce domaine, tout en soulignant la profonde inégalité qui subsiste entre les sexes.

Saida Ali met l’accent sur le rôle des jeunes femmes dans la promotion des droits des femmes. Dans le cas du Kenya, elle évoque la participation de jeunes femmes à différents mouvements ; la rébellion Mau Mau contre l’emprise coloniale, le mouvement de lutte pour la démocratie et le mouvement des femmes. Elle décrit également plusieurs ONG qui travaillent avec et pour les jeunes gens et met en relief certains des défis auxquels elles se heurtent, tels que le carriérisme et la problématique des jeunes gens.

Le dernier chapitre de Promises and Realities a été rédigé par L.Muthoni Wanyeki qui dresse un panorama général de l’ensemble de l’analyse, de l’intégration de la perspective de genre et des instruments de mesure évoqués dans le livre. Tout en signalant qu’il existe un vaste éventail d’instruments disponibles, elle signale que ceux-ci sont très peu connus ou sont appliqués de façon très limitée, voire pas du tout. Elle insiste donc sur la nécessité de collecter davantage de données et de statistiques relatives aux droits des femmes et de veiller à l’application et à l’utilisation cohérentes des instruments existants dans le cadre de tous les programmes et les politiques portant sur les droits des femmes.

* Kameri-Mbote, P., Muteshi-Strachan, J., Ruto, Sara J. (Eds.) Promises and Realities : Taking Stock of the 3rd International Women’s Conference. (Promesses et Réalités : un bilan de la troisième Conférence internationale sur les femmes) 2009 : African Woman and Child Feature Service et African Centre for Technology Studies. Nairobi.

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