L’intégration du concept de genre dans la formation et la recherche en population au Maghreb

Par leur objet d’étude et par leurs méthodes, les études en matière de population sont un instrument privilégié d’analyse des relations de genre dans une population donnée.

Cet article examine comment démographes et autres spécialistes en sciences sociales doivent s’approprier le concept de genre, à la fois pour faire progresser la connaissance des dynamiques démographiques et pour apporter leurs propres outils d’évaluation des actions et projets de développement. Les recherches mettant en relation comportements démographiques et rapports sociaux de sexe sont des instruments de diagnostic indispensables de la longue marche vers l’égalité.

Il y a trois approches principales des relations entre études sur les populations et études en termes de genre. La première est de l’ordre de la description de situations. La seconde approche donne aux indicateurs de genre le statut de variable explicative des phénomènes étudiés par le démographe. La troisième consiste à étudier, au sein de chaque société, l’effet des variables démographiques sur le statut des femmes, des hommes et les rapports de genre qui deviennent alors des variables expliquées dans la relation entre variables démographiques et variables de statut selon le sexe.

Les principales conclusions :

• Les statistiques démographiques sont des instruments indispensables de l’appréhension des relations entre les sexes, des statuts masculins et féminins.

• Le statut des femmes est une variable explicative majeure des comportements démographiques, d’abord comme déterminant de la santé des enfants, et ensuite comme un facteur éminent des changements vis-à-vis de la fécondité.

• Les coutumes matrimoniales, la fécondité, la migration sont de puissants déterminants des rapports sociaux de sexe que chaque société cristallise et/ou réinterprète au cours de son histoire.

• A niveau d’instruction égal, on peut observer des niveaux de fécondité très différents selon les sociétés, les groupes sociaux. La négociation entre partenaires, la valeur attachée aux enfants, la disponibilité d’informations et de services de planification familiale ainsi que la capacité des femmes à y accéder sont également des facteurs déterminants.

• Plus précaire est le statut des femmes, plus elles se verront imposer des unions non choisies, à un âge précoce, ce qui renforce, en retour, la situation d’inégalité entre hommes et femmes. En Afrique du Nord, on observe un recul très rapide de l’âge des femmes au mariage, l’écart d’âge entre époux diminue et les femmes expérimentent de plus en plus souvent une période de célibat plus longue que leurs mères.

• Partout au Maghreb, les migrations jouent un rôle très important dans la dynamique des unités familiales, en infléchissant les statuts des individus et les apprentissages qu’ils sont amenés à faire de leurs rôles sexués.

• Les travaux sur le genre sont peu nombreux au Maghreb. Jusqu’à présent, on trouve essentiellement des travaux sur le statut des femmes et leurs conditions de vie. On continue à considérer que les recherches et formations sur le statut des femmes sont le domaine réservé des femmes, le plus souvent de leur frange militante, ce qui ne va pas sans un risque de marginalisation et de stigmatisation. L’un des problèmes est le très fort taux de masculinité des démographes maghrébins.

• Dans bien des enseignements de démographie, le rôle du statut des femmes comme variable explicative des comportements démographiques est très peu commenté.

Les recommendations qui en découlent :

• Adopter une démarche résolument interdisciplinaire et développer les études multidisciplinaires sur le Maghreb.

• Ouvrir des champs de recherche sur les comportements masculins en matière de fécondité.

• Renforcer les efforts de connaissance approfondie que mènent les autres sciences sociales par la connaissance statistique que peuvent apporter les démographes.

• S’appuyer sur des résultats d’analyses statistiques et de recherches démographiques pour apporter des arguments très solides et renforcer le statut scientifique des travaux de la sphère féministe.

• Agir fermement pour que dans toutes les disciplines soient intégrées et analysées les préoccupations de genre, afin de mieux combattre les inégalités entre les sexes sur la base de statistiques et d’enquêtes fiables que les spécialistes des questions de population sont à même de produire.

• Susciter sur le plan de la formation universitaire un large rassemblement de potentialités de recherches interdisciplinaires au sein de structures souples.

• Mettre au premier plan l’analyse macro-sociale.

• Identifier les stéréotypes et combattre les dérives sexistes.

• Identifier les innovations, s’appuyer sur la connaissance historique.

• Mettre au point des méthodes efficientes pour l’évaluation des projets de développement en termes de "relations de genre".

Voir le document intégral :

http://www.uaps.org/journal/journal12v2/Int%E9gration%20du%20concept%20de%20genre.htm

Source : Thérèse LOCOH et Schéhérazade TAMOUZA, Institut national d’études démographiques (INED), Paris, France, in : African Population Studies, Vol. 12, No. 2, 1997, Union for African Population Studies, ISSN : 0850-5780

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