Le Genre en question

Malgré des réticences qui persistent, l’approche genre est de plus en plus reconnue. Cependant, elle est intégrée de façon très inégale et se confronte à divers obstacles institutionnels et politiques. Du côté des féministes en Afrique, le mouvement piétine et devient alimentaire. L’approche genre, comme le féminisme Africain, doit être repolitisée.

Initiée pendant les années 90, l’approche genre a succédé à l’approche « femmes et développement », qui s’appliquait surtout à la mise en oeuvre de projets centrés sur les femmes. Elle met l’accent sur le rapport politique de pouvoir entre hommes et femmes. Elle permet d’analyser les inégalités entre hommes et femmes comme rapports culturellement construits et de montrer que les besoins sont différents pour les hommes et pour les femmes.

Selon une étude :
Les acteurs du développement interprètent, au Nord comme au Sud, de façon différente l’outil « genre » et ne l’intègrent pas de la même manière.
-  Les gouvernements du Nord ont parfois réduit leurs budgets alloués au genre au nom de la transversalité.
-  Les mécanismes institutionnels mis en place ont donné des résultats très contrastés.
-  L’OCDE a mis en place des indicateurs qui ne sont quasiment pas utilisés.
-  Chez les groupes de femmes, les points de vue sont multiples mais on note que l’intérêt est passé de la satisfaction des besoins à la promotion des droits au moyen d’actions de plaidoyer en réseaux.
-  Les ONG « intermédiaires » du Sud intègrent de plus en plus le genre
-  En Belgique, seule une ONG a le genre pour thème central.

Les résistances sont nombreuses tant sur le plan personnel qu’organisationnel :
-  Au Sud, on utilise le caractère imposé par le Nord des questions d’inégalités des sexes pour ne pas les intégrer.
-  Les courtiers en développement font « du genre » sans véritable engagement.
-  Les formations manquent et les méthodologies ne sont pas au point.
-  Les projets spécifiques aux femmes ne visent pas toujours une réduction des inégalités.

En conclusion, seuls les projets qui visent un changement de la position des femmes dans les sociétés auront un impact sur le long terme. Il s’agit donc de repenser le « genre » avec une perspective politique.

En Afrique, les femmes sont dominées par les hommes, mais aussi par « les Etats et les forces du marché international ». Le mouvement des femmes n’est pas assez politisé, les revendications des femmes africaines « tournent en rond » et un retour aux questions fondamentales comme la lutte contre la pauvreté est nécessaire.

De plus en plus de féministes « alimentaires » font de la gestion de projet pour gagner leur vie et ne sont pas issues de luttes nationales et locales. Le mouvement des femmes n’existe que parce qu’il est financé de l’extérieur et qu’il est donc orienté. Les problèmes économiques ne sont donc que rarement évoqués et les questions politiques ne sont prises en compte qu’en termes de représentation.

Au-delà de ce bilan sombre du féminisme africain, s’entrouvre cependant la perspective encourageante d’un mouvement panafricain de femmes.

P.-S.

Cet article résume deux textes parus dans le numéro 67 de la revue Défis Sud, publiée par SOS-Faim en 2005.

Pour lire le texte sur l’intégration du genre, cliquez
ici

Pour lire le texte sur le féminisme en Afrique, cliquez ici.

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