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Le consortium 1 du FSP

Synthèse Marie Dominique de Suremain, ENDA

mardi 1er décembre 2009

Le consortium 1 "Les femmes dans les Filières agro-alimentaires", nommé "Tchiwara" est formé de 6 ONG qui travaillent sur cinq pays (Sénégal, Mali, Burkina Faso, Niger, Togo), certaines sur un pays et d’autres sur plusieurs pays. Les bénéficiaires-actrices sont dans la plupart des cas des organisations faîtières ayant de nombreuses adhérentes, dans un cas au contraire la filière est en cours de formation. Dans certain cas il s’agit de femmes membres d’organisations mixtes, dans d’autres d’organisation féminines. L’impact attendu est donc large, cependant le défi consistera à s’assurer que les bénéfices de l’action « redescendent » le plus possible vers les femmes de la base. La méthodologie employée (recherche-action participative, formation de formateurs et formatrices, démultiplication, visites,
tournées, outils de communication) est pensée pour répondre à cette attente.

1. Cadre de référence du projet

Dans cinq pays d’Afrique de l’Ouest, le Mali, le Sénégal, le Burkina Faso, le Niger, et le Togo des ONG françaises membres de ce consortium travaillent avec des partenaires qui sont des associations locales, et des organisations populaires en milieu urbain ou rural, de productrices et transformatrices de produits agricoles destinés à l’alimentation et la consommation humaine. Certaines d’entre elles appartiennent à des groupements ou fédérations mixtes, d’autres ont créé des groupements féminins. La plupart de ces organisations a atteint une envergure de plusieurs centaines de membres, voire plusieurs milliers, grâce à des années de travail et d’organisation. Beaucoup d’entres elles ont surgi suite à la dévaluation du FCFA et au brusque appauvrissement de la population africaine dans les années 1980.

La plupart de ces groupements a une expérience consolidée et une grande richesse organisationnelle, qui remet en question les stéréotypes sur les femmes Africaines.

Il existe cependant des handicaps réels pour l’autonomisation et l’augmentation de la qualité de vie de beaucoup de femmes membres de ces groupements : les freins à la scolarisation des filles, l’analphabétisme des adultes, une place secondaire dans la direction des organisations mixtes, dans l’appropriation des technologies, dans la course à la professionnalisation, dans la commercialisation des produits, l’accès à la main d’œuvre, à la propriété ou au crédit. Elles souffrent également du manque d’infrastructures ou de services sociaux.

Mais les femmes ont également un capital social constitué d’années d’expérience accumulées et de pratiques solidaires et d’échanges qui représentent pour elles et pour leur pays un patrimoine significatif.

Un grand nombre d’entre elles a reçu des formations au « leadership », au management, à la prise de parole publique, au développement personnel, à la professionnalisation de leurs activités, à la comptabilité. Elles ont créé des filières de transformation pour générer une plus grande valeur ajoutée, et mieux nourrir leurs familles, ou alimenter le marché local, elles ont créé des caisses d’épargne et de crédit en améliorant les traditionnelles « tontines », elles ont constitué des mutuelles de santé pour faire face à ces dépenses et protéger leurs familles, elles ont promu des innovations dans les cultures, la production de produits naturels sans produits chimiques ni toxiques et obtenu des labels de « commerce équitable ».

Toutes ces activités génératrices de revenus ont en partie changé leur niveau de vie et développé la citoyenneté des participantes, dont les organisations ont maillé le territoire, tant au niveau rural qu’urbain.

Cependant parmi les indicateurs de développement, qui mesurent généralement la productivité des acteurs, la combinaison des facteurs de production, la quantité et la qualité des produits mis sur le marché, ou les caractéristiques des technologies introduites, il convient non seulement d’introduire l’élément humain mais également de se poser la question de la réduction des inégalités entre les personnes d’une même communauté ou d’une région, en particulier celles qui lient les femmes aux hommes par des relations de contrôle et domination et qui constituent des freins invisibles à la pleine citoyenneté et dignité des femmes.

Les ONG participantes de ce consortium s’engagent donc à introduire, au sein des projets économiques qu’elles appuient, un processus de réflexion et d’action autour du genre, qui permette l’identification des freins et difficultés spécifiques rencontrés par les femmes, qui peuvent commencer à se résoudre quand ils sont correctement diagnostiqués.

Les ONG qui s’associent au sein du consortium ont des expériences différentes en lien avec la perspective de genre. Certaines ne l’ont jamais incluse explicitement dans leur travail, qui s’est centré sur les dimensions techniques et économiques principalement. D’autres ont développé des volets mettant en valeur les femmes dans l’espace public et les ont fait participer au plaidoyer concernant la défense de leurs intérêts de productrices et leur place sur le marché. D’autres sont allées plus loin et ont abordé avec elles et leurs communautés villageoises des questions en lien avec la famille, la santé, l’éducation, les droits des femmes, leur accès aux décisions, etc… Elles décident de travailler de façon concertée pour partager leurs expériences, construire des ponts et élaborer de nouvelles stratégies conjointes à l’occasion de ce FSP.

Introduire la question du genre dans des projets productifs portés essentiellement par des femmes rurales ou vivant en périphérie urbaine amène nécessairement à aborder la vie des femmes et leurs relations avec les hommes de façon plus large et pas uniquement d’un point de vue économique ou « économiciste ».

C’est faire apparaitre la quantité de travail productif et reproductif, et d’activités économiques et sociales, critiquer les catégories abstraites souvent inadéquates qui les décrivent habituellement, car elles ne correspondent pas forcément à la logique ou aux intérêts exprimés par les femmes, pour peu qu’on leur donne –davantage- la parole.

Tous les projets ici réunis ont en commun d’être en cours. Ils sont menés par des femmes entrepreneuses incluses de diverses façons dans des filières de production et de transformation, traversées par des enjeux variés, d’ordre local, national ou international. Ce sont elles comme sujets, et la question de leur transformation, et des transformations sociales de leurs relations avec les hommes, dans l’espace public et dans l’espace privé, qui seront au centre de ces projets, et non pas seulement leurs produits ou les filières auxquelles elles contribuent.

Un fil conducteur guidera le travail des trois années : le temps des femmes et des hommes, et les conditions d’accès à la main d’œuvre, indicateurs de la nature des relations entre les femmes et les hommes. Les femmes africaines travaillent plus que les hommes et l’intensification de leurs activités économiques voire de leurs responsabilités économiques, ne se traduit pas nécessairement par des gains d’autonomie, une réduction de leur journée de travail, du temps personnel ou de repos.

« les entreprises indépendantes –des femmes- dérivent de leur statut en tant qu’épouses/co-épouses/sœurs/mères/veuves/filles etc., dans les ménages dirigés par des hommes. Le statut d’épouses/mère/sœur peut déterminer le type particulier de ressources qui sont à disposition des femmes. Les possibilités offertes à une femme pour son entreprise personnelle peuvent changer selon la période de sa vie. L’une des principales limites découlant de ces relations est que les entreprises personnelles des femmes sont subordonnées à l’entreprise familiale et parfois la concurrencent. Les exigences du chef de ménage ou du mari sur le travail de sa femme ne sont pas réciproques et constituent une limite. La portée des obligations faites aux épouses d’apporter leur travail à leur mari est une contrainte essentielle pesant sur le développement de leurs entreprises personnelles. C’est souvent une contrainte plus insurmontable que celle de l’accès à d’autres moyens de production tels que la terre, les petits capitaux, etc…(…) »

Chaque projet constituera un terrain d’analyse et d’observation participative dans ce domaine. Les négociations entre hommes et femmes (dans les familles et dans les organisations) autour de l’échange mutuel de travail et de l’accès à la main d’œuvre, ainsi que qu’autour de l’allocation des revenus pour la consommation personnelle et familiale et l’investissement pour les enfants, feront l’objet de diagnostics et d’analyses dans chaque contexte et de façon comparative.

En effet le développement des activités féminines génératrices de revenus ne se traduit pas nécessairement par un accroissement du bien-être et de l’autonomie des femmes. Il peut signifier une surcharge si les hommes diminuent leurs contributions quand leur femme ou l’une de leurs femmes gagne davantage. La surcharge des femmes peut également augmenter si les services publics ou collectifs régressent dans le domaine de l’éducation, la santé, l’eau ou d’autres équipements de base. Elle peut survenir aussi du fait que les solidarités familiales, villageoises ou locales se modifient sous l’effet d’évolutions socioculturelles complexes. De plus en plus de femmes peuvent se retrouver seules chefs de famille.

La part des revenus des femmes consacrée à la famille et à leur consommation personnelle, peut être différente de celle des hommes. Ces observations méritent d’être vérifiées localement de façon assez précise. Il y a aussi des exemples (au Sénégal notamment) d’investissements importants par les femmes à l’occasion des cérémonies familiales. Cet investissement dans le réseau social et familial peut laisser une part importante au « paraître » et fait l’objet de discussions dans les groupements féminins. L’allocation des revenus monétaires tirés des activités productives des hommes et des femmes, entre femmes et hommes et au sein des communautés devront donc être l’objet d’attention et de débats.

Il se peut également que les femmes aient commencé à développer leurs activités en raison du chômage ou de la disparition d’activités traditionnellement exercées par les hommes. Ces derniers peuvent se trouver inactifs mais ne pas montrer publiquement leur situation. Certains hommes peuvent aussi se retrouver à cause de la crise économique, à occuper des activités traditionnellement réservées aux femmes (exemple : coupe et vente du poisson au Sénégal). Le fossé entre les pratiques sociales et leur représentation peut se creuser.

Parfois au contraire, des activités exercées de façon artisanale ou non monétaire par des femmes, trouvent un marché (national ou extérieur) et commencent à devenir spéculatives et rentables. Ce changement peut induire une nouvelle division du travail entre hommes et femmes et ces dernières peuvent perdre le contrôle de filières traditionnelles, en particulier du volet plus lucratif de la commercialisation.

Aussi est-il important d’observer finement ces transformations sociales et leur contexte local, national ou international, au fur et à mesure de l’introduction de techniques ou de processus de professionnalisation.

C’est ce que peut apporter une « perspective de genre et de développement durable » à des projets productifs, de façon à affiner le regard et développer une veille sur les dérives et effets négatifs qui peuvent se présenter, car les relations de domination entre genre, pays, catégories sociales, se recomposent et se déplacent en permanence.

Il s’agira donc d’accompagner les formations de type technique par une recherche-action qui porte également sur les transformations de la vie des femmes, à partir de leur vécu individuel et collectif ainsi que sur le vécu des hommes face à ces bouleversements socio-économiques liés au changement de statut et de pouvoir économique des femmes.



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