Les mécanismes nationaux pour le genre : outil politique ou outil des politiques ?

"Un mécanisme national pour la promotion des femmes est l’unité centrale de coordination politique des questions relatives au genre au sein du gouvernement. Ses tâches principales sont de favoriser l’intégration transversale de la perspective de l’égalité de genre dans les politiques de tous les secteurs."

La conférence de Pékin en 1995, a identifié les "mécanismes nationaux pour le genre" comme des « clefs » permettant l’intégration transversale du genre et la mise en œuvre des recommandations de la plateforme d’action. Ces mécanismes (il en existe plus de 160) sont présents quasiment dans tous les pays, sous différents noms : ministère de la Femme et de la famille et de l’enfant au Bénin, Institut de la condition féminine au Cap Vert, etc. Le bilan des mécanismes nationaux (réalisés lors de Pékin + 5 et + 10 notamment) révèle des obstacles critiques qui limitent leur efficacité :

- Leur mandat manque souvent de clarté et ils ont un pouvoir limité ;

- Les ressources (humaines et financières) sont insuffisantes ;

- Ils manquent de compétences et d’outils ;

- Les points focaux (« antennes genre » dans les différents ministères sectoriels) sont peu performants ;

- Le suivi est faible et il n’y a donc pas assez de données pour influencer les politiques ;

- Globalement, les mécanismes sont soutenus de façon irrégulière et peu fiable par les décideurs. Ballotés au gré des climats politiques, leur existence est régulièrement en danger .

Les mécanismes suivent une stratégie difficile qui combine l’approche transversale et les actions spécifiques envers les femmes. D’un côté, on reproche aux mécanismes nationaux de contribuer à l’instrumentalisation du genre par le pouvoir (intégration des femmes dans les programmes pour les rendre plus efficaces, pas dans le but de promouvoir les droits des femmes). D’un autre côté, les projets « micro » destinés aux femmes (héritage de la période IFD) continuent à dominer les stratégies bien que généralement inefficaces comme levier de changements. De plus, ils sont en concurrence avec les ONG et dédouanent les ministères sectoriels de leur responsabilité. Par exemple, de nombreux mécanismes nationaux s’occupent de projet « femmes et environnement », alors que les ministères de l’environnement ignorent les questions de genre/femmes. Certains mécanismes ont aussi du mal à passer de "femme" à "genre". Par exemple, leurs recherches continuent à cibler les femmes plutôt que les relations femmes/hommes et la participation des hommes dans la transformation des inégalités de genre est peu intégrée.

Dans les deux cas, on assiste à une "dépolitisation" des actions (ciblage sur les besoins pratiques des femmes, plutôt que sur leurs intérêts stratégiques et leurs droits). Dans la plupart des pays cependant, les mécanismes luttent pour s’impliquer dans les dialogues politiques au niveau macro économique (Documents de Réduction de la Pauvreté et les Objectifs du Millénaire), avec un résultat mitigé. Mais les mécanismes sont des relais indispensables pour la dissémination des textes fondamentaux sur les droits des femmes (tels que la CEDEF/CEDAW). Les bilans montrent qu’ils ont plus d’impact quand ils travaillent en synergie avec la société civile et les mouvements pour les droits des femmes.

Claudy Vouhé, consultante/formatrice, réseau Genre en Action

Source : Economie & Humanisme, n° 378, octobre 2006

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