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Projet Togo - AGLAE

vendredi 5 février 2010, par Yveline Nicolas

Projet Actrices Béninoises, ORganisations et Développement ABORD (Bénin)

Terre des Hommes
Aster-International

Le Bénin est classé 145ème sur 157 pays répertoriés selon l’Indice sexo-spécifique de développement humain (0,422). Dans un pays en difficulté économique et sociale importante, la situation des femmes est encore plus problématique. Ainsi, 23% des femmes sont alphabétisées (48% des hommes), 42% des filles sont scolarisées (59% des garçons), et le salaire des femmes équivaut en moyenne à la moitié de celui des hommes. Dans le secteur plus spécifique du petit commerce informel d’artisanat. La sous-scolarisation des femmes et les représentations sociales a fait du secteur spécifique du petit commerce informel d’artisanat un secteur typiquement féminin, et l’entrée des femmes y a été légitimée au détriment de leur intégration dans d’autres secteurs plus rémunérateurs et à plus fortes responsabilités. Les femmes travaillent donc, et contribuent à la satisfaction des besoins primaires de la famille, mais cela ne leur permet pas toujours de sortir de la précarité et d’être reconnues comme des actrices économiques et sociales à part entière.

Le projet s’inscrit dans le cadre d’une action pilote visant d’abord à remédier au phénomène des Vinonmègon dans les grandes villes du Bénin. Les Vinonmègon sont généralement de petites filles placées jouant le rôle de domestiques. Cette pratique de placement des enfants avait traditionnellement pour but de faire acquérir à l’enfant une bonne éducation. Il s’agit aujourd’hui d’exploitation d’enfants, et principalement de jeunes filles. Pendant que les enfants des tutrices vont à l’école, les filles placées restent à la maison, sont ainsi privées de scolarisation et bénéficient rarement d’apprentissage professionnel. Ayant atteint un certain âge, elles sont lâchées (Vinonmègon) dans les villes sans éducation, ni formation et se trouvent exposées à de nombreux risques. Des organisations d’appui ont entrepris, depuis 2007, de mettre en place un centre de formation aux métiers de l’artisanat pour que ces jeunes femmes puissent devenir autonomes économiquement. Il est ouvert de façon plus globale aux femmes artisanes qui souhaitent se perfectionner professionnellement. Il a été construit à Cotonou avec comme base stratégique le système de microfinance de l’ACFB (Association des Caisses de Financement à la Base), institution issue de la transformation de GRAPAD.

La collaboration entre ASTER-International et Terre des Hommes, et leurs partenaires devrait permettre le fonctionnement pérenne de ce centre de formation et l’enrichissement de son action pour en faire une véritable Maison des femmes. Les formations professionnelles et appuis aux initiatives économiques délivrés au sein du centre seront accompagnés pour aider ces femmes vers leur autonomie économique. Il s’agit de compléter les formations par un accompagnement global devant répondre, pour les jeunes filles aux obstacles traumatiques issus de leur placement, et plus généralement pour les femmes d’entrer dans un processus d’empowerment. Cet accompagnement sera constitué d’un volet psycho-social, de formation de leaders, et aux pratiques organisationnelles. Ce volet sera participatif et s’inscrira dans une démarche de réflexion-action. Il ne s’agit pas de faire à la place de ces femmes, mais de les rendre actrices de leur propre développement et du développement économique et social de leur territoire. Elles élaboreront le diagnostic qui fera l’exposé des problèmes individuels et collectifs à résoudre et seront accompagnées par les intervenant-es pour y répondre. Une partie d’entre elles sera formée à délivrer cette même formation, afin d’assurer la pérennité du centre ressource. Enfin, il s’agit d’ouvrir ce centre sur le territoire. Les femmes qui souhaitent connaître leurs droits, s’informer, se former et saisir les opportunités y trouveront également un lieu adéquat.

Cette Maison des Femmes doit contribuer à des changements profonds des représentations du rôle et de la place des femmes dans le tissu socio-économique. Après une étude et analyse participative des situations locales, les acteurs et actrices de la Maison des femmes pourront répondre au plus près des besoins pratiques et intérêts stratégiques des femmes. Il s’agira de donner la parole aux populations locales et particulièrement des femmes dans la réalisation d’un diagnostic participatif intégrant le genre. Il est donc prévu que ce centre devienne à la fois :
- un centre de formation professionnel,
- un centre de ressources pour ces femmes, et pour les hommes qui le souhaitent
- dans un second temps un centre de ressources pour les autres femmes et hommes qui souhaitent participer aux programmes.

Le cycle complet de la formation est de trois ans et comprend de l’alphabétisation, l’apprentissage d’un métier, et tout ce qui touche à la gestion d’entreprise et au montage financier de projets professionnels. À l’issue du projet, les femmes de la première promotion seront complètement formées à la fois au métier de l’artisanat, à la gestion d’entreprise et au montage de projet. Des projets professionnels seront montés et proposés au financement. Ceux qui aboutiront seront accompagnés financièrement.

Pour être des référentes efficaces, les organisations d’appui ont besoin d’être renforcées en méthodologie du genre. Certes, elles ont l’habitude de travailler avec des femmes, mais pas de manière méthodologique, et l’approche intégrée du genre n’est pas maîtrisée. La formation à l’intégration du genre mise en place dans le cadre du FSP leur permettra de devenir des actrices pilotes sur ce sujet, et pourront plus efficacement travailler auprès des femmes, et plus globalement, de la population.