Quel savoir valoriser ?

Plus de 200 personnes, très majoritairement des femmes, noires, ont rejoint le forum parallèle organisé par la Siwa, au Centre communautaire à Cape Town, ce vendredi 14 novembre 2008. Ambiance d’emblée conviviale, l’ouverture déclinant les discours en chansons, toutes dansées, rythmées de couleurs mais aussi de slogans, comme « Femmes unies, jamais ne connaîtront la défaite ». La lutte, l’appel à l’unité, et à la création de savoirs sont au rendez-vous.

On se croirait au spectacle, avec chauffeuses de salle, tribuns – peut-on dire tribune ? – et autres décorum. Pourtant l’ordonnancement de la salle devrait laisser filtrer quelques présomptions classiquement politico-populistes… Chaises en ligne, face à une tribune, surélevée, où un micro trône. Certes, chants, poésie, performances se succèdent sur la scène autant que les slogans et les discours. On assiste néanmoins davantage à une formule de type « populaire », où une « star » harangue les foules. Un air de « Fête de l’Humanité », vieille époque, flotte. Ainsi, Vanessa Ludwig, de l’organisation de défense des homosexuel-les et transgenres Triangle Project, ouvre le forum à coups de phrases bien construites, efficaces, appelant à applaudissements, sifflements de soutien, cris, répétitions...

Mais, mettons de côté l’apparence, et entrons dans la rhétorique. « Si les femmes ne disent pas en quoi elles veulent être libres, qui le saura ? ». « Ne parlez pas à notre place ! ». Ces phrases s’adressent à l’Awid, très sérieusement visée par les sarcasmes, voire les attaques de l’oratrice, qui caractérise ses adversaires comme une « élite isolée de la base ». « Nous avons besoin de créer nos propres forums si nous voulons influencer les politiques du gouvernement en matière d’accès à la terre, à l’eau, à l’emploi, à l’école… ». L’offensive se précise. Les organisations de femmes – comme elles se qualifient – ne souhaitent décidément pas d’intermédiaires, de porte-parole. Elles considèrent donc très crûment l’Awid comme des usurpatrices, des expertes, entend-on, qui revendiquent la propriété du savoir. A force de « elles sont », « elles disent », « elles prétendent »,… on perd le fil. De qui parle-t-on et qui parle à qui ? Pourquoi un tel amalgame ? Pourquoi l’Awid représente-t-elle à elle seule l’« ennemi principal » ? Un peu de nuance serait la bienvenue. Du nouveau également. Ça sent décidément le rassis. Celui d’une époque lointaine où le parti communiste, y compris le sud-africain, mobilisait « ses » masses.

La surprise vient en final. Comme pour les feux d’artifice. « Nous connaissons des différences de classe, de race, d’église, des lesbiennes, des travailleurs du sexe. Le changement part de là ». Wao ! La claque est vive, pure, percutante. Toute la différence se lit ici. Et de poursuivre : « Privilégions l’unité plutôt que les stratégies d’alliance ». Quelques leçons du passé ont été retenues. « Intéressons-nous au respect et à la solidarité ». Enfin. Et de re-contextualiser : « dans les années 80, on parlait de solidarité pour tout. Mais où est-elle aujourd’hui ? ». Retour au chapitre précédent. Pas d’école, pas de travail, pas d’accès à la terre pour ceux et celles qui la travaillent… Le libéralisme – le mot est lâché – est passé par là.

Alors, l’heure est à la reprise en main. « Nous ne savons pas valoriser notre savoir. Nous devons ouvrir nos propres espaces pour créer la mémoire de nos vies ». Ils – elles ? – ont « colonisé notre esprit ». Voilà les pistes de la construction d’un nouveau mouvement féministe sud-africain. « Créons nos espaces, élevons nos voix ». La salle reprend. La tension monte. Nous y sommes. La mobilisation est radicalement au rendez-vous. Final. Mama, du Nouveau mouvement des femmes, lance une chanson, et vibrato version gospel aidant, emporte définitivement la salle. Amandla !

Dans la même rubrique :

Communauté

  • Devenir membre
  • Se connecter
  • Nos membres
  • Le genre se bouge
  • Publier un article

infoGENRE

S'abonner à la newsletter