Genre en action

Réseau international francophone pour l’égalité des femmes et des hommes dans le développement.

Accueil > Archives > Intranet FSP genre > Outils pratiques & documents sur l’intégration du genre > Pré-diagnostics initiaux de genre dans les projets FSP > Synthèse des pré-diagnostics genre

Synthèse des pré-diagnostics genre

jeudi 8 avril 2010, par Yveline Nicolas

Cette synthèse est issue de la présentation par Yveline Nicolas, Adéquations, lors de l’atelier de Ouagadougou en février 2010 des pré-diagnostics de genre menés par les personnes-ressources genre et les équipes locales. Ces diagnostics concernent essentiellement le profil genre des structures porteuses et l’environnement et les facteurs d’influence genre : les politiques, cadres stratégiques, etc. Ils seront progressivement complétés par des diagnostics plus approfondis portant sur la mise en oeuvre du genre dans les projets.

1/ Introduction

Le pole d’appui genre des consortiums 1 et 2 a proposé aux partenaires de terrain de commencer à effectuer des diagnostics des projets et des organisations au regard de l’approche de genre. Des pré-diagnostics ont été effectués à partir de décembre – certains étant encore en cours -, par les personnes-ressources ou structure d’appui en genre qui collaborent localement avec les projets, ou par des responsable de projets eux-mêmes. Certains diagnostics ont été effectués de façon participative, intégrant une sensibilisation des équipes locales en genre.

Ce travail a été effectué sur la base d’une « feuille de route » proposée par le pôle genre du C2 et adaptée par le pôle genre C1, ainsi que de réunions de travail et discussions internes dans nos ONG.

L’analyse de genre étant une approche transversale, elle concerne aussi bien le fonctionnement interne des organisations (par exemple le nombre de salariés et de salariées, ou d’administrateurs et d’administratrices, et leur niveau de responsabilité) que les projets de terrain eux-mêmes (par exemple l’analyse des statuts, des rôles sociaux, de l’accès et du contrôle de ressources, de pouvoir décisionnel selon qu’on est un homme et ou une femme), elle concerne aussi notre façon de communiquer, de sensibiliser (toucher une bonne cible de plaidoyer pour convaincre).

Les questions posées visaient donc à obtenir une première information sur :

- Le profil genre des structures (formation du personnel, utilisation de méthodes, répartition femmes-hommes selon les fonctions).
- L’environnement et les facteurs d’influence genre : les politiques, cadres stratégiques, engagements des pays, les ONG et autres intervenants, les recherches et sources documentaires sur genre et économie ; les échéances électorales.
- Les projets : identifier les activités des femmes et des hommes ; les revenus ; les inégalités entre les femmes et les hommes au niveau de la famille, au niveau socio-économique, au niveau politique.
- La fixation des objectifs et des indicateurs de genre dans les domaines de l’autonomisation économique et décisionnelle, de la sensibilisation et des droits ; du plaidoyer pour faire évoluer les mentalités ; y compris des objectifs concernant les hommes.

Au stade actuel (fin février 2010), ce sont essentiellement les deux enjeux (profil genre des structures et environnement genre) qui ont pu être étudiés. Ceci est lié à des questions de moyens, de compétences et à la nécessité d’une confrontation avec les projets concrets – pour la plupart toujours en cours d’élaboration au moment du début des diagnostics.

2/ Premiers résultats

Il s’agit donc du début d’une démarche. En principe il aurait été préférable que le FSP fasse une étude de genre exhaustive bien en amont, qui nécessitait un temps important d’enquête, avec les moyens correspondants. Le diagnostic initial conditionne le choix d’activités et d’indicateurs pertinents. L’exemple de l’objectif et des indicateurs portant sur l’augmentation des revenus et du bien-être matériel des femmes est frappant : comment mesurer l’évolution compte-tenu de la difficulté de faire un état des lieux quantitatif et qualitatif sur des milliers de bénéficiaires / actrices, certaines individuelles, d’autres à l’intérieur de groupements et de coopératives ?

Cette phase d’état des lieux n’a pas été possible en amont, et on se trouve dans une situation de fait de « recherche-action » où le FSP constitue – et c’est là un intérêt - un laboratoire où on va chemin faisant identifier des problèmes, trouver des solutions, approfondir la recherche de données sur des éléments de diagnostic peu documentés… La démarche de genre est intéressante en tant qu’elle considère que les relations de pouvoir, la répartition des revenus, etc. est toujours susceptible d’évoluer, rien n’est figé. Les projets sont bien placés pour observer les processus en cours et voir comment accompagner des changements vers plus d’égalité.

Ci-dessous quelques points qui peuvent être relevés, sachant qu’une compilation de toutes les réponses et des informations issues de différentes réunions, de discussions avec les acteurs, etc. reste à faire, en intégrant aussi les matériau élaborés lors du séminaire de Ouagadougou et après le séminaire, dans la phase de réactualisation des plans d’actions genre.

Le profil genre des structures

Un certain nombre de personnes dans les projets ont eu des sensibilisations au genre ou à des thèmes liés (droits, participation, accès au crédit) mais on note qu’il y a peu de structures ayant reçu des formations approfondies en genre et qu’elles n’utilisent pas encore d’outils de planification, d’évaluation, de budgétisation sensible au genre. Des formations ont déjà eu lieu au moment du démarrage des diagnostics, pour impliquer les équipes. Un travail reste à faire pour outiller les projets de façon plus concrète, ciblée sur les besoins spécifiques et intégrant les transpositions / adaptations possible d’un projet à l’autre au sein d’un même consortium et entre consortiums.

Les documentations déjà existantes, les structures pouvant aider

Il y a peu d’études et d’évaluations déjà disponibles dans les domaines des projets, ou du moins elles sont peu connues des projets. Des outils sont répertoriés, comme le manuel d’intégration du genre par le ministère de l’économie et du développement au Burkina Faso, le manuel genre du Niger. On note moins de documentation répertoriée dans le domaine de l’artisanat et de l’entreprenariat féminin que dans celui des filières agricoles et alimentaires.
De nombreux réseaux et associations sont citées comme pouvant être partenaires, notamment pour le plaidoyer : association de femmes juristes, réseau des femmes maires, coalitions sur les droits, réseau femmes en action au BF ; les organisations inter-professionnnelles ; les points focaux genre de ministères, les radios...

Les projets devraient constituer leur fond documentaire genre et se connecter à ces organisations qui font de la recherche genre et/ou du plaidoyer.

Les politiques publiques

Tous les pays ont des politiques et plans d’action en matière de genre, avec des appellations différentes. Les projets n’ont pas encore tous ces documents, qui sont pourtant à exploiter. A noter que la stratégie genre du Burkina Faso pourtant adoptée il y a plusieurs mois est pour le moment introuvable au niveau de l’administration ?

Des textes apparaissent peu connus des projets : les rapports CEDEF officiels et société civile, et les rapports de suivi du programme d’action de la conférence de Pékin. Ils pourront être mis à profit dans le plaidoyer.

Un problème majeur reste l’application effective des lois et des dispositifs sur l’égalité, et les inter-actions avec le droit coutumiers, notamment en matière d’héritage, de propriété, de droit de la famille…

La question des rôles sociaux

Les diagnostics pointent que la charge de travail plus importante pour les femmes que pour les hommes (18 h / 10 h) est un frein déterminant pour les activités économiques. Le fait que les femmes prennent en charge 90 % des tâches reproductives et domestiques est un handicap pour saisir des opportunités économiques, se former, etc. Dans le diagnostic Bénin il est fait mention du véritable épuisement des femmes. Dans celui Burkina des femmes interrogées disent qu’il y a un certains partages des tâches, mais c’est rare. Cela semble concerner essentiellement la journée du 8 mars, où par exemple un mari achète les condiments !

Dans les activités économiques (mécanique, etc.) les hommes ont plus de possibilité de recruter de la main-d’œuvre. Les femmes (couturières) se font aider occasionnellement par des jeunes filles payées à la tâche.
L’objectif des AGR est d’essayer d’élever des femmes au dessus du seuil de pauvreté – qui est de 83 000 FCFA au BF (126 euros)

Mais les questions à résoudre dans le FSP seront notamment :

- Comment faire en sorte que les AGR se développent sans alourdir le travail des femmes et sans reporter le travail domestique de femmes vers des fillettes et des jeunes filles ?
- Comment favoriser l’accès des femmes et des hommes à des métiers différents (pas toujours femmes : tissage, coiffure, couture), hommes (menuiserie, soudure, mécanique) ? Sachant qu’en matière d’artisanat, la répartition et la mixité des métiers diffère selon les ethnies et sachant aussi que des évolutions sont en cours, notamment dans le domaine de la transformation alimentaire. Ainsi, les groupements de femmes ont recours à des hommes quand leur activité de transformation se mécanise
- Comment éviter les risques de mise en concurrence entre productrices, entre artisanes si on
Améliore la qualité des produits, les débouchés, par rapport aux acheteurs (c’est parfois le risque dans le domaine du commerce équitable, par exemple)
- Comment faire des AGR + prise de responsabilités décisionnelles dans la famille, l’espace de travail, la communauté, les instances professionnelles + autonomisation économique ?

La question du contrôle des revenus

L’évolution des revenus et de leur utilisation sont particulièrement difficile à mesurer, dans la mesure où les revenus sont une données composite (qualitatif / quantitatif ; monétaire / non monétaire ; individuels / collectifs (accès à des services sociaux, de crédit etc. dans le cadre de coopératives par ex.)
Un point récurrent à surveiller de près, c’est l’utilisation du revenu généré par les femmes et le contrôle de ces revenus par les femmes. Quand le revenu de la femme augmente, le mari est susceptible de diminuer sa contribution au ménage, et/ou de mettre en place différentes stratégies pour capter des fonds, par exemple en monnayant des services (utilisation d’une charrette, etc.).
Un problème complexe : la prise en compte les effets économiques de la polygamie. Un indicateur pourrait être le nombre d’enfants par homme (et non par femme comme cela se fait habituellement) et l’analyse de qui dépense quoi pour entretenir les enfants.

La polygamie a également des répercussions sur le foncier : des hommes prennent une nouvelle épouse pour éviter d’avoir à régler le problème de la répartition des terres, une fois les enfants du premier mariages majeurs.

La question du contrôle des facteurs de production

Sont pointés différents problèmes classiques en matière de genre : l’accès au crédit souvent plus difficile pour les femmes, qui ont moins de possibilité de garantie ; l’accès au foncier (terres agricoles, maison, locaux…) ; l’accès aux outils, aux machines ; à la main-d’œuvre ; contrôle des déplacements etc.
La question du foncier – de l’espace au sens large – revient en permanence. Les femmes effectuent les tâches domestiques et le plus souvent leur espace de travail est aussi à la maison – ou est précaire (vendeuse de rue). Les hommes ont plus souvent des espaces dédiés, des possibilités de stockage, etc.
La question du contrôle des facteurs de production, commercialisation sont à étudier pour chaque maillon d’une filière.

Temps de travail, revenus, contrôle équitable de facteurs de production sont des points stratégiques qui feront partie de nos travaux. Ils sont très difficiles à mesurer et à évaluer, et il faudra trouver des méthodes qualitatives, comme le suivi d’un échantillon de familles par projet sur la durée du FSP.

Le plaidoyer

Les diagnostics listent l’agenda politique et social, institutionnel ou de la société civile : élections locales, rassemblements, forums sociaux, journées nationales et internationales, etc.

Un calendrier sera fait rassemblant toutes ces échéances au niveau local, national, sous-régional, international.
L’enjeu sera : comment les femmes peuvent-elles se faire entendre, comment les aider à porter des revendications / propositions et les relayer ?

Capitalisation des diagnostics

L’intranet du FSP mettra à disposition de tous la documentation existante (rapports, études techniques de filières etc.)

Une liste sera établie

- de toutes les structures, associations et réseaux mentionnés par pays.
- des événements nationaux, sous-régionaux et internationaux qui pour nous seront des supports de plaidoyers – y compris en France dans l’action de communication en direction des ONG françaises et décideurs.

Au fur et à mesure que la prise en compte du genre sera effective, des notes méthodologiques pourront être échangées entres les projets et les pays, comme les plans d’intégration du genre dans des structures, des guides, des méthodes pour recueillir les données sur le terrain concernant le temps et les revenus, et aussi les comptes-rendus de réunion de plaidoyer avec des décideurs, etc

Eléments de conclusions

Dans des domaines aussi complexes, avec des objectifs aussi ambitieux et des moyens aussi limités, un processus de diagnostic de genre pose autant de questions qu’il n’apporte de réponse…
L’enjeu est maintenant d’approfondir les diagnostics des forces, faiblesses, opportunités et contraintes au regard du genre dans chaque projet. C’est l’enjeu de l’atelier de Ouagadougou et des travaux qui suivront, dans chaque pays.

Une question hautement stratégique reste à approfondir : comment agir sur les hommes, comment identifier et valoriser les hommes progressistes, favoriser les évolutions de comportements, comment gérer les résistances et les conflits potentiels au fur et à mesure de l’émancipation des femmes ?
L’approfondissement des diagnostics devrait porter en premier sur cette question cruciale.

La mobilisation et la grande motivation des acteurs qu’on a pu observer dans cette première phase d’enquête nous encourage à penser que des projets pilotes accompagnées par des démarches de recherche-action participatives pourront déboucher sur un réel apport nouveau en termes d’approche genre dans les projets économiques en Afrique de l’Ouest.

L’enjeu est de créer des outils pérennes et d’augmenter l’expertise en la matière de tous les acteurs autant en France qu’en Afrique.