Une poignée de nations rejette la politique telle qu’elle se fait

Des pays en développement, en particulier ceux qui sortent des conflits armés -comme le Rwanda, le Burundi, l’Irak et le Liberia- sont en train de réussir l’intégration des femmes dans la politique mieux que la plupart des démocraties occidentales établies de longue date, selon l’Union interparlementaire (UIP) basée à Genève.

Lisa Söderlindh

NATIONS UNIES, 7 mars (IPS)

Toutefois, la vaste majorité des femmes du monde restent absentes de tous les niveaux de gouvernement, estiment des experts qui se réunissent dans le cadre de la 50ème session de la Commission des Nations Unies sur le statut des femmes.

Bien que des avancées remarquables aient été faites depuis la création de la commission il y a 60 ans pour plaider en faveur des questions relatives aux femmes, ’’la communauté internationale doit encore aller loin en matière de représentation réelle des femmes aux plus hauts niveaux de leadership national et international’’, a déclaré la sous-secrétaire générale de l’ONU, Louise Fréchette, au début de la session de deux semaines aux Nations Unies, qui prend fin le 10 mars.

Les femmes constituent aujourd’hui une moyenne de 16,4 pour cent des législateurs dans les chambres hautes (Sénats) et les chambres basses (Assemblées nationales) des parlements. Les pays de l’Europe du nord ont constamment occupé le premier rang, avec une moyenne de 40 pour cent de femmes députées jusqu’en octobre 2005.

’’La plupart des pays en Europe du sud et de l’est, ainsi que l’Amérique du nord, en particulier les Etats-Unis et le Canada, sont des pays qui appartiennent à la catégorie que j’appellerais ’’les vieilles démocraties’,’’ a déclaré à IPS le secrétaire général de l’UIP, Anders B. Johnsson.

’’Mais je vois très peu de débats là, ou des efforts réels qui sont faits à l’heure actuelle pour imiter les exemples que donnent maintenant les pays en développement’’, a-t-il ajouté.

L’UIP est une organisation internationale de parlements, qui oeuvre pour la paix et la coopération entre les peuples et l’établissement solide de la démocratie représentative.

Sur sa dernière liste de 187 pays classés selon le pourcentage national de femmes dans leur chambre basse ou assemblée monocamérale du parlement, le Canada occupait la 44ème place avec 20,4 pour cent de femmes, la Grande-Bretagne était 50ème, les Etats-Unis étaient 69ème, la France était 85ème et l’Italie 89ème.

Pendant ce temps, le Rwanda est en tête de liste avec 48,8 pour cent de femmes au parlement ; l’Irak est 16ème et le Burundi 19ème. Plusieurs pays en Amérique latine ont également fait des progrès significatifs au cours de 2005, selon l’UIP.

’’Il est vrai qu’on a coutume de dire, en Europe de l’ouest au moins, que les partis politiques, qui sont souvent à la base de la conception des politiques, sont des clubs de vieux hommes, et ils dirigent les partis et institutions qu’ils servent pour eux-mêmes’’, a indiqué Johnson.

En regardant la représentation politique dans une vision de genre et de droits de l’Homme, ’’Nous femmes, faisons partie de la société démocratique et la démocratie parle de pouvoir par tout le peuple, et pour tout le peuple. Si 50 pour cent du peuple n’est pas impliqué dans la gestion du pouvoir, alors, manifestement, l’on ne peut pas parler de démocratie’’, a dit à IPS, Ingrid Charles Gumbs, directrice des affaires de genre pour l’Etat caribéen de St. Kitts et Nevis.

’’Lorsqu’on pense au monde entier, avec 16 pour cent de femmes au parlement, c’est ridicule’’, a-t-elle affirmé. ’’Pensez à des pays comme le mien, St. Kitts, dans lequel nous avons des femmes tout à fait capables, mais où néanmoins, aucune femme n’est au parlement, à part la présidente du parlement.

Sophia Abdi Noor, une représentante d’ONG du Kenya, a mis l’accent sur ce que coûtait le fait qu’on n’écoute pas les femmes ou qu’elles ne soient pas représentées au niveau de prise de décisions. ’’Mes seules questions en tant que femme n’arrivent pas à ce niveau, parce qu’il n’y a personne là pour comprendre ou écouter de telles questions’’, a-t-elle dit à IPS.

’’Et, lorsqu’il n’y a aucune politique qui s’adapte au rôle des femmes dans la société, lorsque mon propre gouvernement me voit comme un citoyen de deuxième ordre et fait de la discrimination à l’égard de mes droits en tant que femme, vers qui vais-je me tourner ?’’

Malgré des traités internationaux insistant sur la participation des femmes dans les processus de prise de décision, comme la Convention pour l’élimination de toutes les formes de violence à l’égard des femmes (CEDAW), adoptée en 1979, ’’Pour moi, et dans mon pays, ce sont juste des instruments qui restent sur le papier et dans les salles de réunion de conseil d’administration, rien de plus que cela’’, a déclaré Abdi Noor.

Il y a maintenant plus de dix ans, des chefs d’Etat se réunissant à la 4ème Conférence mondiale sur les femmes à Beijing, ont convenu que les femmes devaient représenter une masse critique d’au moins 30 pour cent des parlementaires. Depuis lors, le nombre total de femmes dans les parlements a augmenté de 50 pour cent, mais seuls 20 pays ont atteint cet objectif.

A ce rythme, le quota des 30 pour cent ne sera pas atteint jusqu’en 2025, et une représentation égale est encore beaucoup plus lointaine, selon l’UIP.

’’Si nous continuons de progresser au même rythme, il nous faudra au moins une ou deux générations avant de pourvoir réellement atteindre quelque chose comme la parité’’, a souligné Johnsson à IPS.

Tandis que le nombre de parlements n’ayant pas du tout de femme a en fait augmenté au cours de 2005, certains des plus grands acquis enregistrés cette année — dans des pays en développement et dans plusieurs pays d’Amérique latine — peuvent en partie être attribués à l’adoption de quotas pour les femmes.

Sur les 39 pays qui ont organisé des élections en 2005 pour des chambres basses ou les assemblées monocamérales de parlement, 15 ont mis en œuvre des mesures spéciales comme des quotas volontaires (Nouvelle Zélande, Norvège, Pologne et Portugal), ont voté des quotas pour les partis politiques (Argentine, Bolivie, Burundi, Honduras, Liberia et Venezuela) et ont réservé des sièges ou des mandats (Afghanistan et Tanzanie).

’’Les quotas pour les femmes ne sont ni une condition nécessaire ni une condition suffisante pour obtenir un équilibre de genre au parlement, mais aussi longtemps que la discrimination et l’inégalité à l’encontre les femmes persisteront, des quotas (seront nécessaires)’’, a déclaré le professeur suédois Drude Dahlerup, qui a conduit la première étude mondiale de quotas pour les femmes en politique.

Elle a attiré l’attention sur l’utilisation réussie de quotas dans certains pays après conflit comme le Rwanda, où 30 pour cent des sièges au parlement étaient réservés à des femmes députées dans les élections de 2003. Par conséquent, les femmes sont passées de moins de 15 pour cent des députés à presque 49 pour cent — détrônant la Suède en tant que premier pays en termes de représentation des femmes au parlement.

En Suède, où les quotas des partis sont volontaires, la lutte pour atteindre le total actuel de plus de 45 pour cent de femmes au parlement a pris plus de 50 ans.

’’Je pense que la question clé est de permettre aux femmes de travailler et d’avoir une maison, et une famille. Et ceci est possible à travers des soins de qualité aux enfants, aux personnes âgées, des contributions individuelles, tous ces changements qui ont été apportés dans les années 1970 en Suède’’, a indiqué à IPS, Jens Orback, ministre suédois de l’Egalité de Genre.

En définitive, a souligné Orback, ce n’est pas seulement une question de femmes, ’’C’est une question de genre, et il est important que les hommes s’engagent également dans l’égalité de genre’’. (FIN/2006)

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